Mercredi 23 juin 2010 3 23 /06 /Juin /2010 14:24

Mary et Max (Mary and Max – 2009), film d’animation réalisé par Adam Elliot.

mary-et-max-adam-elliott.jpgL’histoire est celle d’une amitié, via un échange de courriers s’étalant sur des années, entre une petite fille laide et dépressive de 8 ans habitant  en Australie et un homme mûr, juif new-yorkais obèse et légèrement déficient mental.

 

 

 


Un film d’animation australien en pâte à modeler, a priori, pas sûr que cela fasse envie à grand monde ; d’autant que le script n’est guère plus incitatif. Et pourtant !

Voilà  un film touchant, émouvant, poignant, qui a cependant l’élégance de rester tout le long sur un ton à l’humour ironique, sans jamais s’appesantir. Max et Mary sont "différents", souffrent chacun de troubles psychologiques, mais la narration réussit à être toujours drôle sans jamais être railleuse envers les deux protagonistes principaux. Cette chronique d’une amitié trans-océanique raconte la souffrance de deux solitudes et pourtant fait sourire en permanence.

La qualité de l’animation –à l’ancienne !- est superbe, la réalisation est sans cesse inventive et les rondeurs des décors et des personnages renforcent l’apparente drôlerie et masquent la gravité du propos de fond.

Le cœur d’artichaut que je suis s’est même vu à la limite de verser sa petite larme à la fin. Une bonne occasion pour chacun de s’émouvoir en voyant autre chose.

Par one more blog in the ghetto - Publié dans : Cinéma anglosaxon
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Lundi 21 juin 2010 1 21 /06 /Juin /2010 11:57

Les ailes du sphinx, une enquête du commissaire Montalbano (Le ali della sfinge - 2010) d’Andrea Camilleri, traduit de l'italien (sicilien) par Serge Quadruppani.


les ailes du sphinx andrea camilleriLe cadavre nu d’une jeune fille assassinée est retrouvé dans une décharge. Rien pour l’identifier si ce n’est le tatouage d’un papillon sur l’épaule. Le commissaire Montalbano, qui a déjà la responsabilité de dénouer les fils du bizarre enlèvement d’un homme, est chargé de l’enquête. Celle-ci va le conduire à s’intéresser aux arcanes d’une oeuvre charitable – pas aussi catholique qu’elle le déclare - qui accueille de jeunes immigrées clandestines en provenance de pays de l’est.

 

Lire une enquête du Commissaire Montalbano, c’est un peu comme lire un Maigret (ou, pour les amateurs de musique, écouter un album de JJ Cale) : on peut prendre n’importe lequel, hors chronologie, on y rencontrera, derrière un apparent renouvèlement, toujours les mêmes personnages tels qu’on les avaient laissés la fois précédente et toujours les mêmes ingrédients. Car, contrairement par exemple aux séries de polars scandinaves à héros récurrents où les personnages évoluent, ici, rien de tel, Montabano, ses collègues, la ville de Vigata et ses habitants semblent immuables (même si ici, Montalbano, ressent en début de roman le poids des ans, cela n’a guère d’incidence sur le déroulement de l’histoire); et ceci pour mon plus grand plaisir. Car pour moi, retrouver Montalbano, c’est comme retrouver un ami qui me raconte un peu toujours la même chose mais que j’écoute toujours avec délectation.

C’est donc sans surprise que dans cette nouvelle enquête, j’ai retrouvé avec bonheur l’écriture délicieuse de Camilleri, faite de langage imagé, de patois sicilien, de dialogues vifs, de tournures de phrases hilarantes (merci Quadruppani) ; les mêmes personnages inamovibles, bien sûr l’irascible et intuitif commissaire, ses problèmes de couple avec son éternelle fiancée Livia, ses collègues Mimi Augello et ses ennuis familiaux, Fazio et son obsession pour les fiches d’identité interminables, Cataré le standardiste du commissariat avec sa dévotion pour la hiérarchie et son incapacité à noter correctement le moindre message téléphonique, le légiste Pasquano dont dire de lui qu’il est en permanence d’une humeur de chien relève de l’euphémisme, le questeur attentif à ne pas faire de remous, etc, etc... ; et aussi les mêmes vieilles femmes colériques, les mêmes épouses dominatrices, commerçants peureux et petits magouilleurs de tous ordres (la "Combinazione") ; la même présence en toile de fond et mainmise sur la société sicilienne de l’Eglise et de la Mafia ; la même importance primordiale de la nourriture (ici, on trouvera donnée la recette de la ‘mpanata de cochon) ; les mêmes messages humanistes tranquillement dénonciateurs glissés par Camilleri à propos du fonctionnement du monde en général et de l’Italie en particulier (ici le trafic de jeunes filles en provenance des pays de l’Est et une nouvelle loi sur la légitime défense).

Bref, l’enquête ? Peu importe ! Le plaisir est ailleurs. Moi, depuis une dizaine d’années, j’aime à aller régulièrement visiter Montalbano dans sa maison de Marinella, m’y asseoir avec lui sur sa terrasse donnant directement sur la plage pour y contempler le coucher du soleil tout en mangeant quelques rougets grillés, et l’écouter me raconter encore et toujours son petit coin de Sicile à travers une histoire jamais tout à fait la même mais jamais vraiment différente, et toujours haute en couleurs. Et après quelques heures, le livre terminé, je sais que je reviendrai l’année prochaine, que rien n’aura changé et que j’y serai bien.

Par one more blog in the ghetto - Publié dans : Littérature: Polars italiens
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Dimanche 20 juin 2010 7 20 /06 /Juin /2010 13:40

Seven ages of rock (2007), série de sept émissions pour la BBC - producteur William Naylor, producteur exécutif Michael Poole.

Seven ages of rockVoilà une série d’émissions pas mal pour ceux qui veulent réviser leur histoire du rock. La série se compose de sept parties d’un peu moins d’une heure (hormis la derrière d’une heure trente) constituant, aux yeux des auteurs, sept périodes de l’histoire du rock. Le concept de l’émission repose sur le principe de poser un groupe ou musicien comme représentatif d’une de ces périodes et de s’en servir comme fil rouge. La division est discutable mais n’est pas si idiote, dans le fond. Cela démarre avec "The birth of rock", c’est-à-dire la révolution rock des années 60 basée sur le blues et vue à travers Jimi Hendrix, avec les Stones, The Who, les Beatles, Dylan, Cream ; puis "White light, white heat", soit l’"art rock" et le rock théâtral, les premières expériences de rock multimédia autour de Pink Floyd, avec le Velvet Underground, Roxy Music, David Bowie, Genesis époque P.Gabriel ; "Blank Generation" ou le coup de balai punk, de Londres à New York, autour des Sex Pistols avec The Clash, Buzzcocks, Patti Smith, Ramones, Television; "Never say die", le métal envisagé comme une forme rock résistant au temps, basé sur Black Sabbath, avec Deep Purple, MetallicaIron Maiden, Judas Priest; "We are the champions", ou les groupes remplissant des stades de plus en plus colossaux, avec Queen et aussi Led Zep, Springsteen, Dire Straits, U2, Police (largement la partie la plus faible musicalement) ; "Left of the dial", l’éveil d’un rock alternatif US, Nirvana et également Black Flag, R.E.M., Pixies ; enfin "What the world is waiting for", l’indie britannique, avec autour d’Oasis, The Smiths, The Stone Roses, Suede, Blur, The Libertines, Franz Ferdinand, The Artic Monkeys...

Même si ces émissions sont conçues selon la formule ultra classique commentaire-images d’archives-interviews, on s’y laisse volontiers prendre; parce que les images d’archives réveillent la nostalgie qui sommeille en tout amateur de rock de longue date, parce que les commentaires sont loin d’être idiots et resituent plutôt bien chaque période dans l’évolution du rock (voire parfois, de façon plus vaste, dans son contexte sociologique) et parce que les interventions d’acteurs de l’époque (interventions qui font parfois un brin mal au cœur quand on constate les ravages du temps...) sont pleines d’anecdotes parfois pas mal révélatrices.

Bien sûr, bien sûr, chacun ne manquera pas de s’emporter en beuglant « Mais ils parlent pas de X, Y ou Z!! », groupe sans doute primordial négligé par l’émission. Il est vrai que l’ensemble à un aspect de survol général - avec quelques points de focalisation - et que de plus l’impasse est faite sur des pans entiers du rock (rien ou peu s’en faut sur les pionniers du rock des fifties, rien sur le rock post-punk/new wave du début de eighties, par exemple). On y aborde néanmoins assez intelligemment quelques moments-clefs tels que Woodstock (où l’on voit que les spectateurs partaient durant la prestation d’Hendrix !), Altamont, le concert du Jubilée sur la péniche, le procès de Judas Priest, Band Aid...

Selon son tropisme rock, chacun pourra quant même y voir et entendre de quoi prendre plaisir et y apprendre deux ou trois choses intéressantes ; et y trouvera même peut-être ce qui compte le plus, c’est-à-dire l’envie de découvrir/réécouter quelques bonnes vieilles galettes.


Par one more blog in the ghetto - Publié dans : Rock
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Samedi 19 juin 2010 6 19 /06 /Juin /2010 10:17

Jusqu'en enfer (Drag me to hell - 2009) de Sam Raimi avec Alison Lohman, Justin Long, Jessica Luca.

Drag me to hell Sam Raimi

 

Christine Brown, une jeune et ambitieuse responsable des prêts immobiliers dans une succursale bancaire refuse un délai de paiement à une vieille femme. Celle-ci lui jette un sort... et à partir de là, la jeune Christine va morfler...

 


 

Bon, qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est le film d’un tâcheron des studios hollywoodiens réalisant des slashers au kilomètre dont il est question ici ; aux manettes, c’est Sam Raimi, un type qui sait filmer et faire tenir debout une histoire.

Le film est très plaisant pour l’amateur de série B: une bonne alternance de scènes de terreur et de  moments pour reprendre son souffle, des séquences bien "dégueues" où l’on hésite entre le dégoût et l’hilarité – mais jamais de vrai gore gerbant -, une certaine inventivité dans les tourments subis par l’héroïne, quelques "trucs" classiques du genre mais qui font bien sursauter, quelques scènes vraiment réjouissantes de comédie (dans la banque ou la visite chez les parents de son fiancé), un scénario bien fichu et une vraie bonne mise en scène solide. Bref, un petit tour en fête foraine dirigé par un Sam Raimi libéré des contraintes des gros budgets qui se fait plaisir et s’amuse à nous faire peur ; un des ces petits film qu’on oublie une fois sorti de la salle mais qui, le temps de la projection, font jubiler l’amateur de cinéma dit "de genre".

Et puis, de toute façon, je ne sais pas vous, mais moi, voir un banquier en prendre plein la tête pendant une heure trente, ça me met en joie !

Par one more blog in the ghetto - Publié dans : Cinéma: SF-Fantastique
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Vendredi 18 juin 2010 5 18 /06 /Juin /2010 09:26

 

L’été de cristal (March violets – 1989) de Philip Kerr (traduit de l’anglais par Gilles Berton)

Premier volume de La trilogie berlinoise (Berlin Noir)

 

 L'été de cristal Philip kerrEn 1936, à Berlin, au moment des Jeux Olympiques, Bernie Gunther, ex-commissaire de la police berlinoise devenu détective privé, est engagé par un riche industriel pour découvrir qui a assassiné sa fille et son beau-fils, puis incendié leur domicile, mais aussi – et peut-être surtout - pour retrouver le collier de diamants - voire autre chose - qui leur a été dérobé. Bernie va donc mener une enquête qui va le conduire à frayer tant avec une organisation criminelle qu’avec la Gestapo ou les hautes sphères du pouvoir nazi et ses luttes politiques internes.

L’éditeur évoque en 4ème de couverture Philip Marlowe et la Californie des années 30. Effectivement, on peut y songer, et c’est peut-être ce qui a fait que dans un premier temps, ce livre ne m’ait que moyennement emballé: il a été écrit en 1989 mais les péripéties qui s’y déroulent ont furieusement un goût de "déjà lu", voire même de cliché (même si l’auteur en joue peut-être, citant à un moment donné explicitement La moisson rouge). Avec quelques substitutions de personnages, ç’aurait pu être n’importe quel polar hard boiled se déroulant à Los Angeles ou New York. Quoique...
En effet, au-delà de l’intrigue, par touches, nous est décrite l’ambiance qui règne dans la ville, du fait du pouvoir politique en place. Mais cela ne semble guère affecter le personnage principal, donnant ainsi une première impression que ces éléments historiques n’ont qu’un rôle décoratif – certes relativement original pour un polar -. Puis on comprend qu’il s’agit-là de la perception qu’en a Bernie, personnage détaché, quasi indifférent, voire cynique, vis-à-vis de l’atmosphère environnante et de ce qu’elle génère, préoccupé uniquement par les femmes et l’argent; et de fait, même s’il se déclare socio-démocrate, il se montre capable de compromissions avec le pouvoir.
Du point de vue strictement polar, l’avancée de l’enquête, classique, embrouillée à souhait, avec de multiple personnages appartenant aux milieux les plus divers, se suit néanmoins avec plaisir et... se voit en grande partie réglée à quarante pages de la fin.
Car avec les quarante dernières pages, Bernie – et le lecteur avec lui - bascule dans "autre chose" (difficile d’en parler sans en révéler la teneur). Et ces pages pousseront le lecteur à réévaluer le livre et repenser le personnage principal.
Certains pourront estimer que j’accorde trop d’importance à ce final et ne le trouveront peut-être pas aussi inattendu que cela, notamment concernant une supposée évolution du personnage. Pour ma part, cette fin m’a satisfait et surtout amené à réaliser que mon attente – déçue - de ressentir dans le reste du livre un climat plus pesant compte tenu du contexte, était celle d’un lecteur de 2010 (qui connaît la suite des événements), pas ce qu’aurait pu vivre un personnage de 1936.
De plus, l’auteur laisse in fine en suspens un mystère qui s’avère singulièrement révélateur de la période.
Au final, un livre conseillé à l’amateur de polars classiques – pas tant que cela finalement - avec ce héros dur à cuire toujours l’insolence à la bouche que la réalité finit par rattraper.

En complément: Pour les amateurs du genre "polar se situant dans le contexte historique trouble des années pré ou post seconde guerre mondiale", je recommande la lecture de
Carte Blanche suivi de Létrouble (Carta bianca, L'estate torbida) et de Via delle Oche (id.), deux livres de Carlo Lucarelli parus en 1999 et se situant dans l'Italie dans la période post mussolinienne, avec pour personnage principal un ancien commissaire de la police politique de l’état fasciste

 

Par one more blog in the ghetto - Publié dans : Littérature: Polars anglosaxons
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Vendredi 18 juin 2010 5 18 /06 /Juin /2010 08:36

Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard - 1950) de Billy Wilder, avec Gloria Swanson, William Holden, Erich Von Stroheim, Nancy Olsen.


Préambule : Périodiquement, il me prend l’envie de plonger dans ma "cinémathèque idéale" pour en ressortir un film, a priori simplement pour le plaisir de le revoir, mais aussi, un peu, pour faire comme une vérification, avec un regard plus âgé, de son appartenance à cette "cinémathèque idéale". Concernant Sunset Boulevard, la question ne se posera plus: ce film y demeurera à jamais. N’espérez donc aucune objectivité dans ce qui suit.

Sunset-boulevard.jpgFlottant dans la piscine d’une grande demeure hollywoodienne, le cadavre d’un homme tué par balles, Joe Gillis, nous raconte son histoire : scénariste débutant, dans la dèche, qui cherche, sans succès, à faire son trou à Hollywood, il s’est retrouvé par hasard embauché par Norma Desmond, une ex-grande star du cinéma muet, oubliée et vieillissante, au bord de la folie, qui vit en quasi autarcie avec son majordome, Max von Mayerling, dans une immense résidence. Joe Gillis doit retravailler le scénario que Norma a écrit pour son grand retour au cinéma. Petit à petit, Gillis, qui s’est vu installé dans la résidence, devient plus qu’un simple employé.

Le thème de cette oeuvre, qui débute comme un film noir pour basculer ensuite dans le drame, c’est l’industrie du cinéma hollywoodien : la difficulté à y travailler, la dureté de ce milieu à l’égard de ses employés, l’impossibilité à accepter de ne plus être en haut de l’affiche, la démesure des stars du temps du cinéma muet ; la versatilité du public, également. Mais c’est aussi un hommage au cinéma, à sa "magie", à ses mondes factices (la balade nocturne de William Holden et Nancy Olsen dans un décor de la Paramount). Dans ce film, Billy Wilder critique et célèbre en même temps Hollywood.
Ce film est admirable à de nombreux niveaux : le scénario parfaitement mené, profond sans être lourd, (comme toujours chez Billy Wilder), les dialogues (Gillis à Norma, à propos de ses films d’antan : «Vous avez été très grande » ; ce à quoi elle répond : « Je suis toujours aussi grande. Ce sont les films qui sont devenus petits. »), les incroyables décors baroques de la gigantesque demeure de la star, la mise en scène discrète, les touches d’humour que glisse Wilder (la visite dans le bureau du producteur), etc.. ; tout quoi !
Admirable ainsi la façon dont les sentiments du spectateur basculent doucement, sans qu’on s’en aperçoive, au cours du film, nous éloignant d’un Gillis qui semble se laisser glisser sur le versant vénal de sa personnalité, pour nous rapprocher d’une Norma Desmond qui passe du tyrannique au pathétique.
Admirables, ô combien, les acteurs : Gloria Swanson avec son visage aux expressions trop accentuées et sa gestuelle trop théâtrale, datant de l’époque du cinéma muet. Mais cela colle à la perfection avec le rôle, celui d’une actrice qui vit dans l’illusion, dans le passé, qui paraît rejouer sans cesse ses grands rôles d’antan. Et malgré - ou grâce ? - à cette façon de jouer, elle parvient à finalement nous transmettre une vraie émotion. Le contraste est assez saisissant avec un impeccable William Holden au jeu sobre, moderne (pour les années 50). Et puis, il y a le gigantesque Erich Von Stroheim : guindé, tout en retenue, un rôle de personnage discret et efficace mais chargé de tous les secrets du film, et dont on découvre, au fur et à mesure, tout ce qu’il est censé avoir été et l’incroyable souffrance qui doit être la sienne, le quasi masochisme de cet homme dont pourtant rien ne transparaît jamais.
Admirable la formidable mise en abyme sur le cinéma qu’est ce film et qu’un petit peu de cinéphilie permet d’en goûter toute la profondeur (et le côté un peu cruel de Billy Wilder):
- Le rôle de Norma Desmond, la star abandonnée du cinéma muet, est tenue par Gloria Swanson qui fut une des plus grandes stars du cinéma muet et dont la carrière s’écroula brutalement avec l’arrivée du cinéma parlant. (Elle tourna dans plus de 40 films entre 1915 et 1930, dans 4 seulement entre 1933 et 1950 !) Sunset boulevard - Eric Von Stroheim
- Le rôle de Max von Mayerling, ancien metteur en scène devenu majordome, est tenu par Erich Von Stroheim, lui-même ancien metteur en scène du cinéma muet devenu simplement acteur parce blacklisté par Hollywood pour cause de films trop ambitieux par rapport à ce qu’il rapportait.
- Le film muet que projette chez elle Norma Desmond à Joe Gillis et dont on voit un extrait, c’est Queen Kelly (1929), le dernier film réalisé par Von Stroheim dont il eut la maîtrise, avec comme actrice principale Gloria Swanson.
- Les "figures de cire", autres anciens du cinéma muet qui viennent jouer au bridge chez Norma, sont des rôles - muets ! - tenus par Anna Nilson, H.B. Warner et Buster Keaton qui tous ont réellement été stars du muet.
- Norma Desmond se rend à un moment sur le tournage d’un film que dirige un réalisateur qui est censé l’avoir fait tourner dans le passé. Ce réalisateur, c’est Cecil B. De Mille (dans son propre rôle) que l’on voit, tant dans le film que dans la réalité, en plein tournage de Samson et Dalila et qui, par le passé, tourna réellement une demie douzaine de films avec Gloria Swanson.
Etc, etc..., les mises en perspective pullulent.
Et il y aurait tant à dire encore sur ce film !
Sunset boulevard - Gloria SwansonPour finir, je ne peux me retenir d’insister sur la dernière scène du film (sans rien en révéler): Max/Erich Von Stroheim se retrouve soudain amener à agir comme un metteur en scène de cinéma. Il faut alors voir son visage, ses yeux, ses expressions, ses brèves mimiques tandis qu’il se met à diriger la lumière, les caméras, à dire « Moteur »... Il y passe quelque chose d’incroyablement douloureux, d’une profondeur prodigieuse dont on ne sait plus si la cause en est son empathie amoureuse avec Norma, l’émotion ressentie par son personnage à retrouver, pour un illusoire instant, son ancien métier, ou l’émotion de Von Stroheim lui-même d’être à nouveau, même "pour de faux", dans la peau d’un metteur en scène de cinéma. Une de mes séquences favorites de toute l’histoire du cinéma.
Sunset Boulevard  ? Simplement un chef d’œuvre.
Sunset-boulevard---William-Holden.jpg En complément :
Sur un thème proche, mais se situant dans le milieu du théâtre, un autre chef d’œuvre noir à voir et à revoir: Eve (All about Eve) de Joseph L. Mankiewicz (1950).
A lire, Et tout le reste est folie, le livre de mémoires de Billy Wilder en collaboration avec Helmut Karasek. Karasek écrit notamment à propos de Sunset Boulevard: « (...) ce film qui reste le meilleur, le plus profond, le plus mordant et le plus émouvant film hollywoodien sur Hollywood, et sur la puissance et la folie des illusions. ».
A lire encore, le livre de Robert Bloch - à mes yeux le meilleur Bloch - Le crépuscule des stars (The star-stalker), roman noir qui raconte, sous couvert de roman policier, le moment où Hollywood est passé des mains de "forains" à celles des "comptables".

Par one more blog in the ghetto - Publié dans : Cinéma: cinémathèque noire
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Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /Juin /2010 10:58

Misterioso de Arne Dahl (2008 - Traduit du suédois par Rémi Cassagne)


Misterioso Arne Dahl Des magnats de la finance suédoise se font assassiner l’un après l’autre chez eux de deux balles à travers la tête. Un tueur en série est à l’œuvre. Le Groupe A est chargé de l’enquête...

 

 

 

 

 

 

Après Sjöwall & Wahlöö, après Henning Mankell, après Ake Edwardson, après Hakan Nesser, le filon du polar suédois (quasiment un sous-genre à lui tout seul !) nous propose Arne Dahl avec Misterioso, premier volume d’une série de dix consacrée à une unité spéciale de la police suédoise baptisée "Groupe A".
Les 50 premières pages du roman laissent dubitatif car l’auteur ne mégote pas sur les clichés, dans le style comme dans le déroulement de l’histoire : un premier chapitre mystérieux dont le lien avec le reste n’apparaîtra qu’après 200 ou 300 pages ; l’insertion dans le cours de l’histoire de courts chapitres racontés du point de vue du tueur ; un personnage principal, Paul Hjelm, flic efficace mais brutal, aux prises avec la police des polices et sur le point d’être foutu à la porte au moment où il est recruté pour intégrer le Groupe A ; et la présentation des autres membres de ce groupe n’échappe pas non plus au sentiment de "déjà-lu" -il y a notamment la femme-flic-célibataire-mais-jolie, le-gros-balèze, le-flic-d’origine-ethnique-d’un-pays-du-sud... Même si l’écriture n’est pas désagréable, tout cela, on l’a tellement souvent déjà rencontré qu’on craint le pire.
Mais, a posteriori, on aura l’impression que l’auteur a voulu se débarrasser assez rapidement de cette mise en place pour se plonger dans le cœur de l’enquête.
Car dès que celle-ci démarre à proprement parler, l’amateur de "polars suédois" retrouve alors tout ce qui fait l’agrément du genre : la progression lente et détaillée des investigations, la recherche minutieuse des indices, les fausses pistes, les réunions de groupe quotidiennes, les avancées par à-coup, les problèmes de vie personnelle des protagonistes qui prennent peu à peu de l'épaisseur, les moments d’introspection du personnage principal, le constat amer sur l’évolution de la société suédoise, etc. ; toutes choses auxquelles nous ont habitué les devanciers de Dahl mais qu’on retrouve ici avec plaisir, l’auteur montrant alors son savoir-faire.
S’il ne renouvelle donc pas le genre, Dahl fait quand même entendre "sa petite musique" personnel par rapport à ses prédécesseurs : son personnage central est un flic moins policé, franchissant parfois la limite de l’abus de pouvoir (il se fait même traiter de "Dirty Harry") ; des traits d’humour, plutôt rares habituellement dans ce style de polar, parsèment le récit ; la critique des mœurs économiques de la Suède des années 90 est plus directe...
Finalement, ce livre n’est pas celui que je recommanderais à qui voudrait découvrir "le polar suédois". Mais, bien mené, prenant, une énigme solidement construite, passé donc les 50 premières pages, il satisfait l’amateur de ce "sous-genre". Et puis, me souvenant des premiers S&J ou des premiers Mankell en regard de ce qu’ils ont fait ensuite, j’ai envie d’être indulgent à l’égard de ce livre qui porte en lui le potentiel d’une série offrant pas mal de perspectives et je lirai volontiers le prochain volume.
Quant au titre, Misterioso, il devrait faire tinter une petite clochette à l’esprit des amateurs de Théolonius Monk.

Par one more blog in the ghetto - Publié dans : Littérature: Polars nordiques
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Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /Juin /2010 10:46

Soul Kitchen (2009) de Fatih Akin

 

Soul Kitchen Fatih AkinA Hambourg, dans un coin plutôt zone, Zinos, un jeune chevelu d’origine grecque, possède un vaste entrepôt/hangar qu’il a transformé en  un bar-restaurant, le Soul Kitchen. La nourriture y est médiocre mais le restau a ses habitués. Par hasard, Zinos se retrouve à embaucher un vrai chef particulièrement irascible qui va faire fuir les habitués. Par hasard encore, il va retrouver un de ses anciens camarades d’école devenu homme d’affaires immobilier plutôt véreux. De plus, la fiancée de Zinos partant pour 6 mois en Chine, il cherche un gérant pour le Soul Kitchen afin d’aller la rejoindre. Le frère de Zinos enfin, Illias, condamné pour cambriolage, vient le trouver afin qu’il lui fournisse un emploi lui permettant d’être mis en semi-liberté. La conjonction de tout cela, ajoutée au Fisc et au Services d’Hygiène lui tombant sur le dos (dos déjà malmené par une hernie discale), va entraîner Zinos dans la galère.

 

Après le poignant Head on et l’émouvant De l’autre côté (deux films hautement recommandés), Fatih Akin change de registre avec cette comédie. Avec bonheur ! Les mésaventures de Zinos ne cessent de faire sourire tout le long du film. Attention, on n’est ni dans la comédie grasse, ni dans la mièvrerie, rien de lourd, rien de gnan-gnan, mais une énergique comédie "soul-rock" réjouissante (avec une bande originale pas dégueulasse).

Des acteurs tous impeccables, crédibles et attachants (petit coup de cœur perso pour Birol Ünel – le héros de Head on - ici dans le rôle du cuistot caractériel et lanceur de couteau). Aucun des personnages, y compris secondaires, n’est caricaturé, tous existent, ont de l’épaisseur (cf la grand-mère qu’une scène suffit à caractériser).

Pendant une heure trente, on fraye avec la faune néo-marginale de Hambourg, les amateurs de rock, les presqu’artistes, les supporters de Sankt-Pauli, les squatters, les petits braqueurs de seconde zone, et on a envie d’en être.

Question mise en scène, on est loin de la réalisation plate et sans âme des médiocres faiseurs. L’ensemble est soutenu, rythmé, et quelques plans, quelques effets discrets mais judicieux, laissent à comprendre qu’on a affaire à un véritable cinéaste de talent.

Pour finir et faire un rapprochement, pour ceux qui ont vu Hi-Fidelity, et bien on peut dire que les trois disquaires héros du film de Frears iraient sans aucun doute passer leurs soirées au Soul Kitchen.

Bref, une heure trente d’éclate.

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Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /Juin /2010 10:30

Le tailleur gris d'Andrea Camilleri (Il tailleur grigio - 2009 - traduit par Serge Quadruppani)

 

Le tailleur gris Andrea CamilleriAu matin du premier jour de sa retraite, le directeur d’une banque se sent dérouté car sorti des rituels quotidiens qui encadraient sa vie. Il évoque ses relations avec sa seconde femme, Adèle, de 20 ans plus jeune que lui ; Adèle qui vit de l’autre côté de la maison avec son jeune amant et n’a plus de rapports avec le narrateur depuis des années.

 


Voilà un Camilleri qui pourra surprendre les lecteurs habitués aux aventures de Montalbano ou aux histoires se passant à Vigata à la fin du XIXe siècle. D’abord parce qu’ils n’y retrouveront pas la langue imagée et savoureuse de l’auteur (à peine un ou deux "s’aréveiller" ou "radasse"), ni son humour et son ironie coutumières. Si l’écriture est toujours aussi fluide et agréable, le ton est plus sobre et discrètement plus grave ; comme si parler des femmes, ou au moins d’une femme, était un sujet sérieux pour Camilleri ?

Car ce livre, c’est surtout le portrait d’une femme. Celle-ci, vue à travers les yeux de son mari plutôt résigné, semble à première vue « une radasse » avide de sexe et de reconnaissance sociale. Mais insensiblement, le tableau se complexifie, se fait plus subtil, et Adèle échappe finalement au jugement à l’emporte-pièce initial. Camilleri, dont toute l’œuvre est plus charitable envers les femmes qu’envers les hommes (combien de portraits de gros crétins dans ses livres ?), semble nous dire qu’une femme immorale n’est pas une femme amorale. Il ne la juge pas. Au pire, pour lui, c’est juste une question de tempérament.

Et puis, à titre tout à fait personnel, le livre basculant doucement, sans heurt, vers la tragédie, l’amoureux de l’auteur que je suis n’a pu s’empêcher de faire le triste rapprochement avec le fait qu’aujourd’hui, Camilleri lui-même à 85 ans ; et que donc, selon toute probabilités, le nombre de « nouveaux Camilleri » qui me sera donné à lire à l’avenir pourrait être limité.

La quatrième de couverture évoque quelque chose des Simenon sans Maigret; rapprochement assez judicieux, il me semble.

Ce livre court (130 pages) n’est pas représentatif des ouvrages de Camilleri. C’est pourquoi je ne le conseillerai pas à qui voudrait découvrir l’œuvre de l’auteur. En revanche, je le recommande à ses lecteurs habituels afin qu’ils y découvrent une autre facette du talent du vieux sicilien.

Par one more blog in the ghetto - Publié dans : Littérature: Polars italiens
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Mercredi 16 juin 2010 3 16 /06 /Juin /2010 15:53

   Mammuth (2009) de Beboît Delépine & Gustave Kervern


http://a6.idata.over-blog.com/2/04/62/62/Photothek-C/Ectac.Mammuth-Film-de-Kervern---Delepine.03.jpg Serge Pilardos, ouvrier des abattoirs, se retrouve à la retraite. Mais il constate alors qu’il ne possède pas toutes les fiches de paie nécessaires pour pouvoir la toucher plein pot. Poussé par sa femme, il part sur sa vieille moto (une "Mammuth" hypra collector) sillonner les routes de l’ouest de la France à la recherche des employeurs qu’il a eus (et qui ont "oublié" de le déclarer) pour obtenir ces "papelards". De cette quête de son passé professionnel, il glissera doucement vers la recherche de lui-même.

 

Les films de Delépine et Kervern sont tous hautement sympathiques ; celui-là comme les autres. Et ici, comme dans Louise-Michel, ils nous montrent avec amusement et attendrissement –un attendrissement exempt de toute mièvrerie- le monde des prolos et ils constatent sans apitoiement ce qu’un monde libéral fait à et de ces gens qu’on dit "en bas de l’échelle"; et se placent évidemment de leur côté. Tout un discours sur le monde du travail qui peut parfois passer en une simple scène (Le boucher-charcutier du supermarché, les VRP à table dans le restaurant).
Ce road movie nous emmène avec Mammuth à une suite de rencontre plus ou moins farfelues, personnages campés le temps d’une ou deux scènes par la clique des potes de Delépine et Kervern (Dick Annegarn, Benoit Poelvoorde, Siné, Bouli Lamners, Anna Mougladis, Bruno Lochet ...), ponctuées des séquences de Mammuth taillant la route, simples images muettes d’une homme sur sa moto, tignasse cradringue au vent, nous faisant petit à petit ressentir le simple –et sans doute naïf- sentiment de liberté que l’on peut éprouver à parcourir les routes.
Dans le rôle-titre, Depardieu impose sa silhouette massive plus qu’il ne joue ; c’est un quidam plutôt taiseux, pas bien malin ("Parce que t’es con", lui dira le viticulteur Siné) que sa quête finira par amener à enfin pouvoir exprimer ses sentiments.
Yolande Moreau, sa femme dans le film, est une fois de plus parfaite, employée de supermarché qui fait face, qui se débat - et qui nous gratifie de quelques scènes et répliques cultes-. Est-il encore une fois nécessaire de dire que cette actrice est géniale ? Regardez-la juste dans sa dernière scène, au moment du retour de Mammuth tandis qu’elle se rase les aisselles !
Le rôle tenu par Isabelle Adjiani peut sembler a priori en décalage. Mais à la réflexion, c’est elle le moteur (le moteur de la Mammuth ? -sa 1ère apparition coïncidant avec celle de la moto-), la force qui pousse Serge Pilardos à poursuivre sa quête, c’est elle qui nous amène insidieusement à envisager un Mammuth plus profond, plus épais psychologiquement (et tellement enfermé en lui-même) qu’il n’y semblait.
En prime, on pourra ça et là trouver quelques clins d’œil cinématographiques de bon aloi plus ou moins volontaires (le début peut faire penser à La fille aux allumettes de Aki Kaurismaki ; Depardieu sur sa Mammuth rappelle parfois le Nanni Moretti de Caro Diaro ; la séquence avec le cousin semble explicitement évoquer le 1900 de Bernardo Bertolucci).
Le film fait aussi référence aux années 70 (la séquence avec l’autre vieux motard) notamment par l’utilisation d’une pellicule à gros grain (parfois même très gros grain).

Finalement, le film des deux compères est a priori moins directement dénonciateur que Louise-Michel, moins réjouissant qu’Aaltra. Mais il tombe pourtant à pic, en ces temps de discussions sur le mode de financement des retraites, en prenant le contre-pied de la pensée unique prônée par des experts et spécialistes (spécialistes surtout pour se faire reconnaître comme tel par les médias...), économistes et autres technocrates –qui tous n’auront eux jamais aucun problème de retraite !- dont la solution est de nous faire travailler plus longtemps. Delépine et Kervern semblent nous dire que la retraite, c’est peut-être enfin le moment d’essayer de se retrouver soi-même. Autant la prendre le plus tôt possible !

Par onemoreblogintheghetto.over-blog.com - Publié dans : Cinéma français
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