Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 09:46

Meurtre aux poissons rouges (Acqua in bocca – 2010) de Andrea Camilleri & Carlo Lucarelli, traduit de l’italien par Serge Quadruppani. Fleuve Noir – 2011.

Meurtre aux poissons rouges Andrea Camilleri & Carlo LucareUn homme est découvert mort sur le sol de sa cuisine, la tête encore dans le sac en plastique ayant servi à l’étouffer. L’inspecteur chef  Grazia Negro, de la police de Bologne, mène les premières investigations sur ce meurtre mais se voit très vite retirer cette affaire. Décidée à poursuivre son enquête au mépris des consignes de sa hiérarchie, elle contacte le commissaire Salvo Montalbano, de la police de Vigatà, ville dont était originaire l’homme trouvé mort. Le commissaire sicilien accepte de collaborer avec sa collègue et les deux vont donc chacun de leur côté enquêter en secret et, pour échapper aux oreilles et yeux indiscrets, utiliser des moyens de communication détournés et saugrenus pour pouvoir se tenir au courant l’un l’autre des avancées des leurs recherches.

A en croire la note de l’éditeur qui clôt ce livre, cette association entre deux maîtres du polar italien est née pratiquement sur un coup de tête, durant le tournage d’un documentaire consacré aux deux écrivains (documentaire qu’on aimerait bien voir un jour). Suite à une question du réalisateur lors d’une pause à propos de leur héros respectif, les deux ont laissé courir leur imagination pour élaborer ensemble la trame d’une histoire commune. Ne restait plus alors qu’à l’écrire. Mais chacun devant repartir à ses propres occupations, comment procéder? La solution trouvée fut en donnant à ce livre la même forme que celle que prendrait leur collaboration: un échange de courrier.
Ce roman est donc constitué d’une suite d’envois de lettres manuscrites ou officielles, de rapports, de photos, d’extraits d’articles de journaux (et quelques autres choses plus surprenantes) entre Grazia Negro / Carlo Lucarelli et Salvo Montalbano / Andrea Camilleri (multiplicité des formes des échanges à propos desquelles on saluera le travail de l’éditeur qui, pour en rendre compte, a su varier les typographies et intégrer des éléments non littéraires). Dans ces conditions, évidemment, il est facile de s’imaginer quelle est la part respective due à chacun des deux écrivains. Quoique... Parce qu’on a beau savoir que telle partie a probablement été écrite par Lucarelli et telle autre par Camilleri, les deux ont fait montre d’une telle complicité, se sont si bien mis au diapason l’un de l’autre (alors que leurs romans écrits en propre sont pourtant si différents aussi bien de style que de tonalité) que ce livre ne présente aucune rupture, aucune discontinuité de ton. Ce qu’on lit en réalité, c’est du Lucalleri; ou peut-être du Camirelli.
Résultat? Autant les romans à quatre mains one shot sont souvent décevants, autant celui-ci est au contraire un pur régal! C’est d’évidence un esprit ludique qui a présidé à sa conception et cela transparaît à chaque page; les deux auteurs se sont amusés à l’écrire et ont parfaitement réussi à transmettre cet état d’esprit au lecteur: dès les premières pages, il vous colle un sourire sur les lèvres qui ne s’efface que pour laisser place à des grands éclats de rire; un pur régal on vous dit!
Ce sourire, avec une petite nuance de malice en plus, on imagine volontiers qu’il fut aussi sur le visage des deux auteurs lors de ce duel épistolaire: car s’en référant à nouveau à la note de l’éditeur, il est dit que la rédaction de cet ouvrage tint de la partie d’échecs, chacun rédigeant de son côté, faisant progresser l’histoire mais avec en plus le désir de "coincer" l’autre, de mettre à l’épreuve son imagination. Et l’autre de se creuser la tête avant de trouver enfin la solution puis de jouer à son tour "le bon coup" qui mettrait à l’épreuve la créativité de son co-auteur, arborant sans doute le même sourire malicieux. Cette émulation joueuse entre les deux -qui a un petit quelque chose d’un cadavre exquis polardeux- est tout bénéfice pour le lecteur: chaque page peut se révéler plus surprenante encore que la précédente; et plus drôle encore.
Ce court roman est donc un concentré de petit bonheur, deux brèves heures d’amusement qui  mettent en joie pour le restant de la journée.
Et l’histoire, l’enquête, au fait? Ah oui, c’est vrai, il y en a une : ça parle de poissons...

Sur ce livre, les chroniques de Actu du Noir et de Action-Suspense.

Par One More Blog in the Ghetto - Publié dans : Littérature: Polars italiens - Communauté : Culture Polar
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