Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 08:09

La piste de sable, une enquête du commissaire Montalbano (La pista di sabia – 2007), de Andrea Camilleri, traduit de l’italien par Serge Quadruppani – Fleuve Noir 2011.

 

La-piste-de-sable_Andrea-Camilleri.jpgUn matin, à son réveil, en ouvrant les volets de sa petite villa donnant sur la mer, le commissaire Salvo Montalbano découvre le cadavre d’un cheval affreusement massacré venu mourir au pied de sa terrasse. Montalbano remonte les empreintes laissées par l’animal dans le sable et découvre trois barres de fer portant des traces de sang, une corde et quelques mégots de cigarettes. Il appelle alors ses hommes puis, pendant que ceux-ci vont recueillir ces indices, il patiente dans sa cuisine autour d’un café en compagnie de son subalterne l’inspecteur Fazio, en attendant que la Scientifique vienne examiner la dépouille du cheval. Mais lorsque celle-ci arrive sur les lieux, le cadavre a disparu, visiblement emporté sur une charrette jusqu’à la route proche, puis chargé dans un véhicule. Dans l’après-midi, une femme, Rachele Esterman, se rend au commissariat pour signaler la disparition de son pur-sang dont elle avait confié la garde à son ami le riche Do Lucca, qui possède une écurie. Et bientôt, Montalbano apprend qu’un des chevaux de Do Luca, très ressemblant à celui de Rachele, a également disparu. Tandis que les soupçons du commissaire se portent sur un chantage de la maffia, qui organise des courses de chevaux clandestines, sa villa est cambriolée. Montalbano a l’intuition que cette effraction pourrait être liée au procès d’un maffieux qui doit se tenir bientôt.

 

Comme chaque année, mon ami Salvo m’accueillit chaleureusement dans sa petite maison de bord de mer. Nous nous installâmes dans sa véranda où la table était déjà dressée, couverte des plats concoctés par Adelina, sa vieille voisine qui s’occupe de son ménage et sa cuisine. Après nous être régalés sans échanger le moindre mot pour ne pas nuire à notre concentration sur les saveurs qui éclataient sur nos papilles, repus, nous tournâmes nos chaises vers la mer sur laquelle tombait doucement la nuit, allongeâmes nos jambes, allumâmes une cigarette; Salvo put alors commencer à me relater sa dernière enquête.

Cette enquête le mit d’abord en contact avec Rachele, une belle bourgeoise dont les charmes épanouis avaient tout du démon de midi et furent loin de le laisser indifférent. Celle-ci l’amena à frayer, le temps d’une soirée, avec une bourgeoisie locale dont il put observer les désolants comportements –et la cuisine infecte-. Puis, désignant sa porte-fenêtre plusieurs fois forcée puis réparée, il me parla des mystérieux pseudo cambriolages dont il fut par trois fois victime et qui l’amenèrent à orienter ses investigations vers la maffia dont un minable représentant devait être jugé sous peu et dont l’alibi reposait sur un témoignage que Salvo savait mensonger. Et finalement, il m’avoua comment, se laissant guider par ses rêves et son intuition, il résolut le tout.

Je suivais les péripéties de son enquête tour à tour intrigué, amusé ou étonné, et toujours avec un plaisir sans retenue. Cette enquête, elle ressemblait peut-être un peu à celle que j’étais venu l’écouter me raconter l’an passé; et peut-être aussi à celle de l’année d’avant; et à celle de l’année d’avant encore, voire à toutes celles qui avaient précédé; ou peut-être pas. Mais au vrai, quelle importance?

Parce que de toute façon, je buvais ses paroles. Ce qui m’importait le plus, c’était de goûter pleinement au charme de son langage, cette langue haute en couleur, pleine de mots chantant et de tournures de phrases surprenantes émaillées d’amusants "Vosseigneurie" et autres "Qu’est-ce qu’il fut ?" qui enchantaient mes oreilles. Et pour mon bonheur, son histoire fit également réapparaître les figures familières et réjouissantes de ses collaborateurs Mimi Auguello -et ses problèmes de paternité-, de Fazio -et son goût immodéré pour les états-civils interminables-, ou de Catarella, -l’extra-terrestre Catarella!-; de l’irascible légiste Pasquale ou du mielleux dottore Lactès, le chef de cabinet du questeur. Il me raconta aussi par le menu ses hilarantes et "hispanisantes" rencontres avec le procureur Giarrizzo qui me firent franchement éclater de rire.

Tout cela fit ma joie, même si, par instants, par petites touches à peine esquissées dissimulées derrière son humour, à travers quelques moments narrés pourtant sur un mode de plaisanterie -comme lorsqu’il découvrit que Fazzio devait dorénavant porter des lunettes de lecture-, je sentis chez mon ami sourdre l’inquiétude de la vieillesse qui s’installait lentement en lui et qu’il allait lui falloir apprivoiser.

Mais bast! Le récit achevé, les méchants tous sous les verrous –ou morts-, je terminai mon verre de grappa, lançai un dernier regard à mon ami, avec un petit sourire triste à l’idée de le quitter, puis je refermai La piste de sable, déjà dans l’attente de notre prochaine rencontre.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Claude Le Nocher 27/03/2011 17:46


Comment ne pas adorer ces romans ? Longue vie à notre cousin sicilien Salvo Montalbano (et surtout à son créateur, le maestro Camilleri).


One More Blog in the Ghetto 28/03/2011 06:58



Hello Claude.


Evidemment entièrement d'accord avec toi. Les romans de Camilleri (y compris hors Montalbano) sont un savoureux plaisir à déguster sans modération.


Amitiés



Recherche

Archives