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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 09:18

L’enfer, le silence - Blacksad, T 4, de Diaz Canales & Juanjo Guarnido. Edition Dargaud – 2010.

 

Blacksad-T4_Canales---Guarnido.jpgBlacksad, le félin détective privé, et son pote le "fouineur" journaliste Weekly sont à la Nouvelle-Orléans. Ils ont été engagés par un vieux producteur de jazz proche de l’agonie, Faust Lachapelle, pour retrouver un pianiste héroïnomane, Sebastian "little hand" Fletcher, introuvable depuis des mois et dont la femme est enceinte. Leur enquête va les conduire à frayer parmi la faune louche des boites et bars, et auprès des musiciens losers de la ville. Mais petit à petit, Blacksad va découvrir que derrière cette recherche sa cache une bien plus vieille histoire...

 

 

Pour cette nouvelle aventure de Blacksad, leur héros hard-boiled, Canales & Guarnido lui font quitter New York pour la Nouvelle-Orléans. Ils n’en continuent pas moins de revisiter les clichés du polar et du cinéma noir des années cinquante à travers leurs personnages anthropomorphes avec cette histoire de pianiste disparu; ainsi, cette fois-ci a-t-on droit au musicien junkie, à la fille enceinte abandonnée, au détective privé pourri, à la haine père/fils, le tout agrémenté de blues et d’un peu de vaudou. Tout cela, on l’a déjà lu et relu et vu et revu... et pourtant –en ce qui me concerne-, le charme opère; parce que pour l’amateur de polars, cette utilisation assumée des poncifs du genre, sans faire la fine bouche, sans reculer devant les stéréotypes, est réjouissante, donnant le sentiment, avec un rien de distance amusée, de se sentir chez soi; et parce que, dans une seconde lecture –toujours meilleure que la première- où l’intérêt du scénario, désormais connu, laissera plus de place à l’appréciation intrinsèque des dessins, l’amateur de BD prendra alors le temps de goûter à la qualité esthétique de l’œuvre (ainsi, par exemple, le travail sur les couleurs, avec notamment une recherche d’unité de tons pour certaines séquences racontées sur une ou deux planches et traduisant des variations d’ambiance et/ou de temporalité).

Et puis on s’amusera aussi à voir les auteurs jouer avec les stéréotypes des qualités et défauts humains que l’on se laisse parfois aller à attribuer aux animaux, favorisant ainsi une caractérisation des personnages dès leur apparition; ou de les voir ne pas hésiter à faire preuve d’un humour plutôt tordu (le dealer d’héroïne est... un cheval*).

Une série en forme de clin d’œil qui fera naître un sourire de connivence sur les lèvres du polardeux, mais loin cependant d’être réservée à de tels happy few (ma fille de 11 ans, après l’avoir lu par hasard, m’a demandé si j’en avais d’autres de cette série... c’est dire !).

 

* Longtemps, en argot, l’héroïne a été appelée horse, mot qui signifie également cheval en anglais)

Blacksad-T4_Canales---Guarnido_2.jpg

 

PS. Il y a dans cette histoire un moment où Blacksad se trouve dans une situation particulièrement périlleuse et s’en tirera –évidemment !- par l’intervention, très elliptique, d’un personnage pour le moins énigmatique. Ce passage m’a fait remonter à l’esprit une anecdote littéraire assez connue (mais peut-être pas de tous) et, pour le cas où..., je ne résiste à l’envie de la raconter ici. J’avertis toutefois en préalable que je n’ai pu en vérifier la véracité et que plusieurs variantes –mais toutes très proches et allant dans le même sens- tournent sur le Net. Je vais donc reprendre la version qui me satisfait le plus -et de toute façon, comme le fait dire John Ford à un journaliste dans L’homme qui tua Liberty Valence: "Dans l’Ouest, quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende."- Dont acte:

Ponson du Terrail était un feuilletoniste fameux du XIXe siècle. Un jour, il demanda une augmentation au directeur d’un journal qui publiait les aventures de son héros, Rocambole. Le directeur refusant, Ponson du Terrail démissionna immédiatement. Or le dernier épisode paru de Rocambole s’achevait sur un cliffhanger insoutenable, abandonnant le héros dans une situation impossible puisque enfermé dans un coffre et jeté à l’eau. Le directeur engagea des nègres pour continuer à la place de Ponson du Terrail les aventures du personnage, mais personne ne trouva d’idée pour tirer Rocambole de là. Il finit donc par rappeler l’auteur original et lui accorda son augmentation. Ponson du Terrail se remit donc à l'ouvrage, reprenant les aventures de son personnage là où il les avait laissées par ces mots: "S’étant sorti de ce mauvais pas, notre héros...".  J’adore cette anecdote, j’adore le pouvoir des mots, j’adore le pouvoir de la littérature!

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One More Blog in the Ghetto - dans BD
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Guillome 22/02/2011 11:58


entièrement d'accord avec toi ! même si c'est vu et revu, peu importe, immense plaisir de lecture et de relecture !!!


One More Blog in the Ghetto 23/02/2011 06:57



Hello Guillome.


Si donc il y en a encore qui hésitent à découvrir Blacksad, je ne comprends plus...


Amitiés



gridou 24/01/2011 09:33


J'ai entendu parler de cette série mais pas encore essayé. Y'a plus qu'à...


One More Blog in the Ghetto 25/01/2011 07:06



Effectivement, si tu aimes l'ambiance polar années 50...


Les 4 tomes parus sont des histoires indépendantes, tu peux donc commencer par n'importe lequel. Perso, j'ai une petite préférence pour les deux premiers.


Amitiés.



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