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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 08:37

Carnage, constellation (1998), de Marcus Malte. Editions du Fleuve Noir – 1998.

 

Carnage-constellation_Marcus-Malte.jpgCésaria, qui s’appelait alors encore... autrement, s’est enfui(e) de la DDASS à 14 ans. Il/elle a été recueilli(e) par Casper, un SDF solitaire et craint de ses congénères. Les années passant, Césaria en vient à se prostituer. A la mort de Casper, elle/il s’installe dans un petit studio et continue d’exercer à son gré son activité. Un soir qu’elle/il attend le client en compagnie de sa/son collègue La Rousse à une station service, elle/il monte pour une passe dans la Jaguar de Clovis et va en tomber amoureu(se)(x). Clovis vient d’être libéré après dix ans de prison pour un braquage qui a mal tourné suite à une dénonciation. Ensemble, ils vont partir sur le chemin de la vengeance de Clovis.

 

En prologue, ce roman survole les premières années de Césaria, celles d’avant Clovis. Et malgré le sordide, voire l’abominable de ce qui nous est raconté, il se dégage pourtant de ces premières pages, en fond à peine perceptible, comme une fragrance ténue d’histoire à l’eau de rose.

Puis l’auteur fait entrer en scène Clovis le braqueur et nous voilà alors dans du polar plus que traditionnel. En effet, sur ce plan –et ce sera vrai tout le long du roman-, Marcus Malte ne semble pas –volontairement?- chercher la moindre originalité, reprenant au contraire la trame archi usée du braqueur sortant de taule et retrouvant un ancien complice –Charles le vieux!- avant de se lancer à la recherche de celui qui les a balancés pour exercer sa vengeance; même la révélation/coup de théâtre vers la fin de l’histoire ne surprendra pas le lecteur, tant tout ceci a déjà été lu/vu cent fois!

Mais là où Malte va se démarquer -même en usant de la figure archi-connue du couple en cavale-, c’est avec la rencontre de Césaria et de Clovis.

Car dès lors, petit à petit, on va comprendre que la bizarre et paradoxale impression initiale d’eau de rose n’était pas un leurre, réalisant que sous les frusques usées du polar se cache... une histoire d’amour; un amour qui va naître de par la volonté de Césaria, emportant les réticences de Clovis; une histoire d’amour d’autant plus crédible qu’elle a le goût du sentimentalisme un peu cheap (impression dont on aura déjà eu un avant-goût avec la chansonnette de variétoche ringarde dont Clovis ne parvient pas à se débarrasser):

"(...) Faire que son silence soit le silence paisible et doux, le silence éblouissant d’après l’amour. Faire que ses yeux brillent. Faire que l’avenir soit un champ de tournesols, qu’il soit comme un immense panneau publicitaire au bord de la route, plein de couleurs et d’espoir. Faire que l’avenir soit roi. Faire qu’il soit!"

Cependant, concernant la conception du livre, j’aurais peut-être préféré que Malte opte pour une position plus tranchée: ce roman introspectif alterne la narration du point de vue de Césaria et de celui de Clovis et, concernant ce dernier, sans explorer assez profondément l’ambiguïté de ses sentiments ou, par exemple, en ne faisant pas grand-chose de sa culpabilité à propos de sa mère morte pendant son emprisonnement. Peut-être que si toute l’histoire avait été racontée à travers le regard de Césaria, le personnage fort de ce roman que la fin montrera plus solide encore que ce que l’on en soupçonnait (grâce à la Foi ?)…

Autre point un peu chagrinant, une symbolique lourdaude avec les passages concernant l’araignée – une faucheuse(!)- dont "l'ombre grandit sur le front de Clovis", métaphore convenue de destin tragique alors que le roman aurait peut-être pu jusqu’à ses dernières pages se laisser -et nous laisser- la possibilité de croire à toutes les fins possibles, y compris pourquoi pas un réjouissant happy end au romantisme un peu toc (tant qu’à faire...).

Finalement, comme Clovis, on pourra se laisser prendre par l’amour de Césaria, par cette histoire démarrée par des relations sexuelles purement marchandes (deux pages décrivant une fellation à la lecture desquelles je défie tout homme de rester insensible...) pour évoluer vers quelque chose qui parvient à donner un aspect aérien, éthéré, à un rêve un peu mièvre.

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commentaires

cynic63 01/03/2011 10:25


Ce que j'aime chez Malte, c'est son écriture surtout. Dans "le doigt d'Horace", c'est parfois un peu bancal au niveau de l'intrigue mais c'est un styliste alors je pardonne peut-être plus qu'à
d'autres...


One More Blog in the Ghetto 03/03/2011 08:20



Hello camarade clermontois!


Je n'ai pas été particulièrement frappé par le style de Malte dans ce livre-ci. Mais celui-ci ayant été écrit il y a plus de 10 ans, peut-être que depuis... En tout cas, il est probable que
j'essaierai à nouveau du Malte d'ici quelques mois, avec un roman plus récent.


Amitiés rock'n'rollienne



gridou 21/02/2011 21:58


ouais, j'ai cru comprendre qu'il faisait partie des classiques à connaître ce Mr Malte...


One More Blog in the Ghetto 22/02/2011 07:11



Hello again.


Oui, on parle pas mal ici ou là de cet auteur, c'est aussi pour cela que j'ai voulu y voir par moi-même. Je suis assez dubitatif mais je pense quant même qu'un de ses jours, j'essaierai un de ses
livres plus récents.



Bruno 21/02/2011 21:33


et moi itou, je rejoins Gridou dans son avis ! celui là qui plus est je ne l'ai même pas dans ma bibliothèque, un trou qu'il va falloir que je comble!


One More Blog in the Ghetto 22/02/2011 07:08



Hello Bruno.


Personnellement, je ne connaissais pas cet auteur, ce roman était donc une découverte. Comme je le dis, je suis un peu tiède à la sortie, mais bon, on ne peut pas avoir des bonnes surprises à
chaque fois.


Amitiés



gridou 21/02/2011 09:17


Tu souffles un peu le chaud et le froid...
j'étais partie pour me dire que...bof....ça ne me plairait surement pas mais
"à la lecture desquelles je défie tout homme de rester insensible...", ça , ça m'intrigue beaucoup !!! ;))


One More Blog in the Ghetto 22/02/2011 07:04



Hello.


Je suis effectivement mitigé sur ce livre: pas emballé emballé, mais j'y ai pourtant trouvé "quelque chose", notamment concernant ce qu'il fait passer à travers le personnage de Césaria. Ainsi,
dans les 2 pages que tu évoques, qui sont très très chaudes, passe un peu plus que simplement un "plan cul". Mais bon, pas un chef d'oeuvre, loin de là.


Amitiés



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