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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 09:00

Gros plan du macchabée, suivi de Hélène en danger (1949) de Léo Malet. Editions S.E.P.E. - 1949; Fleuve Noir -1985 ; 10/18 - 1989.

 

Gros-plan-du-macchabee_Leo-Malet.jpgGros plan du macchabée: Un acteur célèbre, sentant sa vie menacée, a engagé Nestor Burma, jeune détective privé débutant, pour lui servir de garde du corps durant le tournage d’un film en studio. De retour dans sa loge après le filmage d’une scène, l’acteur s’écroule mort, empoisonné. Burma se lance alors dans la recherche de l’assassin, ce dernier se trouvant obligatoirement encore dans les studios. Il découvre vite que l’acteur, homme à femmes sans scrupule, était détesté de beaucoup et que nombreux  sont ceux ayant des motifs pour commettre ce crime.

Hélène en danger: Paris 1944. Hélène, la secrétaire de Nestor Burma, est arrêtée par la Gestapo, une lettre anonyme de dénonciation envoyée à l’occupant la désignant comme résistante. Faisant jouer des relations auprès de la Propagandastaffel, Burma parvient à la faire libérer. Une semaine plus tard, un homme se rend à l’agence Fiat Lux de Burma, mais c’est pour y mourir juste devant le bureau d’Hélène sans avoir eu le temps de dire un mot. L’homme a été empoisonné. Burma décide alors d’enquêter sur ce meurtre et comprend petit à petit qu’il n’est peut-être pas sans lien avec l’arrestation d’Hélène.

 

Il s’agit-là de deux parmi les premières enquêtes du fameux détective créé par Léo Malet.

Du point de vue purement polar, l’amateur reste un peu sur sa faim. La première enquête, un pur whodunit en lieu clos, assez "agatha christien" dans sa conception, avec son lot de fausses pistes, de personnages suspectés puis innocentés avant d’aboutir à la découverte du véritable assassin, donne une impression d’exercice de style, pas désagréable -Malet ne donnant heureusement pas dans le coup de théâtre facile- mais n’impliquant guère le lecteur. A noter tout de même que Malet semble avoir eu une bonne connaissance des plateaux de cinéma d’avant-guerre. La seconde enquête, elle aussi rondement menée, vaut surtout par son ambiance "Occupation", rendue notamment par les passages portant sur les restrictions que subit le héros (tabac et alcool en particulier) et la visite d’un lieu où se côtoient "en bonne intelligence" occupants et occupés.

C’est extrêmement bavard, les dialogues constituant la majeure partie de ces textes au point que les explications finales que donne Burma peuvent s’étaler sur plusieurs pages. De plus, les personnages secondaires tendent à être brossés à gros traits.

Mais cette lecture n’est pas sans plaisir. D’abord du fait du personnage de Nestor Burma: Léo Malet a créé un héros qui ne force pas la sympathie, gros buveur vantard, limite arrogant, sûr de lui, pas très loin du pastiche version "intello-populo" du détective privé à l'américaine. Ensuite, on pourra parfois sourire devant le style d’écriture de Malet, style qui a quelque chose de paradoxal: élaboré, avec quelques fois de longues phrases à la structure assez complexe, enchâssée, à l’impeccable construction grammaticale et syntaxique, mais où se mêlent un vocabulaire recherché, riche, et un argot le plus trivial. En outre, le texte de Malet donne de temps à autre une impression d’autodérision, un peu comme si, en filigrane, l'auteur ricanait par moments de sa propre écriture, s’en amusait et adressait un rapide clin d’œil au lecteur pour lui signifier la bonne distance à prendre par rapport au récit. Ainsi, lors d’un dialogue entre Burma et Hélène:

"(...) Bon sang, je n’ai pas de tabac et vous me laissez m’embarquer dans de pareilles phrases !

- Elles sont pourtant de qualité, même formulées à jeun, je veux dire sans l’aide de la fumée, sourit-elle, moqueuse. "Desiderata" et "télépathie", deux mots comme ça coup sur coup, vous vous rendez compte ! »»

En fin de compte, cet ouvrage de Malet n’a pas les qualités des œuvres de Simenon ou de Boileau & Narcejac. Mais il s’agit toutefois d’une vraie littérature populaire qui ne se fiche pas du lecteur, offrant une lecture plaisante, avec une écriture travaillée relativement originale, et qui suscite plutôt la sympathie.

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commentaires

gridou 12/11/2011 19:49


Honte à moi ! je ne connais de Burma que la série TV(avec Guy Marchand) et ça ne m'a jamais donné envie de découvrir le livre ha ha ! ;)...Un vilain préjugé, je le concède !


One More Blog in the Ghetto 13/11/2011 07:57



Hello Gridou.


C'est une chose qui arrive: ça avait été pareil pour moi avec Maigret pendant des années (par contre, le jour où je suis tombé dedans...). Encore une preuve de l'influence néfaste de la télé !!


Amitiés



Claude Le Nocher 11/11/2011 16:32


Effectivement, même les "petits" Léo Malet restent, comme tu l'indiques, de la bonne littérature populaire. Et puis Nestor, on l'aime bien tout simplement, non ?
Amitiés.


One More Blog in the Ghetto 12/11/2011 08:10



Hello Claude


Je connais mal l'oeuvre de Malet (celui-ci n'est que le 2e que je lis). Mais je crois que je vais dorénavant y revenir périodiquement.


Amitiés



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