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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 09:24

 

London Boulevard (Id – 2001) de Ken Bruen, traduit de l’anglais (irlandais) par Catherine Cheval et Marie Ploux. Editions Fayard, 2008.

 

London-Boulevard_Ken-Bruen.jpgMitch sort de prison après trois années d’incarcération. A sa sortie, il retrouve son ami Norton, qui lui a dégotté un logement. Norton recouvre les dettes contractées auprès d’un caïd local, Rob Gant, et propose à Mitch de jouer les gros bras lors de ses tournées d'encaissement. Mitch accepte mais ne goûte guère à ce job brutal qui jette de pauvres gens à la rue. Un soir, sur le chemin du pub où ses potes ont organisé une fête pour célébrer son retour, Mitch débarrasse une jeune femme, Sarah, de deux voyous. Quelques jours plus tard, Sarah rappelle Mitch au sujet d’un possible boulot pour sa tante, une emmerdeuse vivant seule avec Jordan, son majordome, dans une vaste demeure. La vieille femme, Lilian Palmer, une ancienne gloire du théâtre qui prépare son grand retour sur les planches, reçoit Mitch et l’embauche comme homme à tout faire. Mitch continue en parallèle à aider Norton, à la satisfaction de Gant, que son pote lui fait rencontrer. Mais Mitch se met à dos le caïd en refusant une proposition de ce dernier. Il décide alors de prendre ses distances et s’installe, comme elle le souhaitait, chez la vieille actrice, où il finit par céder à ses charmes usés. Un soir, dans un pub, Mitch fait la connaissance de Aisling, une jeune irlandaise dont il tombe amoureux. Mitch se retrouve alors emberlificoté entre Ainslig et l’actrice, entre son boulot d’homme à tout faire et ses anciens potes qui lui proposent encore des coups, le tout en devant garder un œil sur sa sœur un peu fêlée Briony, tandis que Gant a lancé un contrat sur sa tête.

 

Ken Bruen, c’est d’abord un style: une écriture sèche, faite de phrases brèves, qui claquent; une écriture épurée qui ne s’embarrasse pas de descriptions ni des personnages, ni des lieux. Les dialogues, nombreux, sont de la même eau, suite de courtes répliques tranchantes. Ces derniers, ajoutés à l’observation de quelques détails significatifs et de quelques attitudes parlantes, à quelques saillies à l’humour mordant, suffisent à Bruen pour définir les protagonistes de son histoire. Et London Boulevard a beau être narré à la première personne, son héros ne s’y adonne guère à l’introspection, nous livrant tout au plus quelques rapides réflexions, souvent proches de l’aphorisme ("Je suis du Sud-Est de Londres. Un endroit où on n’utilise le mot «beauté» que pour parler des bagnoles ou du foot." Ou: "Pour faire un hold-up, il faut être à l’aise dans ses fringues. C’est pas le moment d’inaugurer une paire de grolles neuves. Ou d’enfiler un slip kangourou qui vous écrasent les couilles."), ça et là quelques rares digressions ou brefs retours en arrière sur son passé. Mais les phrases de Bruen restent toujours près de l’os, exemptes de fioriture -même si l’on peut parfois se lasser un peu de ses effets de liste-, une écriture speedée donnant à son récit ce rythme soutenu -rock?- qui emporte le lecteur et fait que l’on accroche à cette histoire pourtant peu originale de petit malfrat coincé entre un passé de braqueur qui ne le lâche pas et un avenir rangé qu’il entrevoit meilleur.

Comme toujours, Bruen use et abuse aussi de références -d’un goût sûr-, essentiellement polardeuses (allant même jusqu'à mettre brièvement en scène James Ellroy himself), musicales ou cinématographiques, citations qui, bien qu'omniprésentes, ne donnent toutefois pas l’impression d’un étalage culturel. Et au premier chef, plus qu’une référence, London Boulevard est -en partie- une quasi reproduction (que l'on interprétera comme un hommage) du chef-d’œuvre de Billy Wilder Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard – 1950, dont on causait antérieurement ici) dont Bruen reprend la trame (le jeune homme embauché par la star déchue), y compris dans des détails (le majordome/mari, la voiture, la partie de cartes entre "momies", la –mauvaise- pièce/scénario écrite par l’actrice pour son grand retour). Lilian Palmer est une copie de la pathétique Norma Desmond et l’on ne peut s’empêcher d’accoler sur les traits de son majordome Jordan ceux du génial Erich Von Stroheim. De fait, cette dernière association à laquelle nul cinéphile ne pourra échapper rend plus fascinant encore ce personnage de Jordan aux ressources insoupçonnées, personnage que Bruen, en détournant la logique du film de Wilder, saura utiliser à ses propres fins pour dénouer l’écheveau de son histoire.

On pourra enfin également trouver Mitch pas si éloigné que cela de Jack Taylor, le personnage phare de Ken Bruen, même si celui-là semble plus impitoyable et suscite moins l’émotion que le détective de Galway; et que, dans la multiplication des péripéties, Bruen en fait peut-être un peu trop. Mais qu'importe, finalement, tous ces rapprochements, similitudes, facilités, emprunts ou citations; parce que Bruen écrit comme personne. Et c’est ça, en dernier ressort, le talent.

 

Une autre chronique de ce livre à lire chez Action-Suspense.

 

PS. Ce roman a fait l'objet d'une adaptation cinématographique (London BoulevardWilliam Monahan – 2011), pas vue mais dont on ne dit pas le plus grand bien.

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commentaires

gridou 20/05/2012 09:51

ça tombe bien, c'est le 3ème volet donc le prochain sur ma liste !

gridou 19/05/2012 19:24

Tu as raison, 3 Bruen d'affilé, c'est suffisant. Je ne voudrais pas risquer l'overdose parce que c'est un auteur que j'affectionne particulièrement mais un livre de plus et je confonds tout! Oui
Mitch ressemble à à s y éprendre à Jack, le style est le même , les références musicales, les citations, la mise en page, le ton...la patte de Bruen quoi...

One More Blog in the Ghetto 20/05/2012 08:09



Hello Gridou.


Comme toi, j'aime alterner mes lectures et laisser s'écouler quelques semaines avant de retrouver un auteur que j'apprécies. D'ici quelques temps, tu liras à nouveau Bruen avec
un plus grand plaisir encore, je pense. Et si c'est un Jack Taylor, perso, je te conseillerais Le martyr des Magdalènes, le plus dur peut-être mais dans ma mémoire le
meilleur.


Amitiés



Claude Le Nocher 17/05/2012 20:28

Salut, et merci pour le lien.
Tu grilles l'amie Gridou, mais c'est pour la bonne cause. Je veux dire que "London Boulevard" est, à mon sens, un des premiers Ken Bruen à lire. Avant Jack Taylor, R&B, et les autres titres.
Car la structure de l'histoire est bien un polar/noir, mais avec tous ces petits détails qui font qu'on savoure son écriture.
Amitiés.

One More Blog in the Ghetto 18/05/2012 08:45



Hello Claude.


Plus on est à répandre la "bonne parole" polardeuse, mieux c'est ! Et je suis évidemment pour la multiplication des points de vue.


Et tu as pu constater que pour ce qui est de l'écriture de Bruen, je partage ton avis.


Amitiés



gridou 17/05/2012 17:47

drôle de coïncidence... je suis en train de le lire. J'en suis à la moitié. Je te lis quand j'aurai fini! à très bientôt! :)

One More Blog in the Ghetto 18/05/2012 08:35



Hello Miss Gridou.


Oui, amusante coïncidence. J'ai constaté que tu t'étais lancé dans la lecture de Bruen à haute dose (attention à l'overdose!) . En tout cas, je lirai avec plaisir ton propre
point de vue sur London Boulevard.


Amitiés



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