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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 11:47

Flight (id. – 2007) de Sherman Alexie, traduit  de l’anglais (américain) par Michel Lederer.

 

flight sherman alexieSpots est un jeune délinquant de Seattle, d'origine mi-irlandaise, mi-indienne, le visage piqué de boutons d’acné (d’où son surnom), baladé de foyers en maisons d’accueil depuis l’enfance. Un jour, il se lie d’amitié avec  Justice, un autre jeune comme lui à la dérive. Ensemble, ils braquent une banque et Spots prend une balle dans la tête. Avant que son corps ne touche le sol, il part dans un étrange voyage dans le temps et dans l’espace qui lui fera revivre des moments-clef de l’histoire des indiens d’Amérique et de l’histoire de ses origines familiales.

 

Les premiers romans de Sherman Alexie (Indian Blues, Indian Killer) étaient déjà vraiment très très bons. Ce Flight est encore meilleur.

Ce livre, c’est d’abord une sacrée secousse d'émotions. En à peine 200 pages, cette ballade par sauts d’un lieu et d’un temps à un autre nous trimballe surtout dans un vaste registre de sentiments : on ressent haine, désir de vengeance, culpabilité, miséricorde, compassion, peur, colère, solitude, amour, trahison, besoin de respect, rédemption... ouf!  On ressort épuisé de cette lecture.

Epuisé, bourneboulé, mais surtout enthousiasmé par la qualité de l’ouvrage.

Toute l’histoire -les histoires- nous est contée à travers le regard, les pensées de Spots. L’écriture de Sherman Alexie est proche du langage parlé, simple, lisible, sans fioritures ; et sans une once de pathos : le destin de Spots est pitoyable –et écrit d’avance-, mais lui ne s’apitoie pas sur son sort. ; il est Spots/Spotsman ("Je suis Spotsman, le maître de l’univers"), coincé dans un corps, une vie qu’il ne maîtrise en rien, réagissant aux évènements plus qu’agissant, cherchant avec une inépuisable énergie simplement à s’en tirer. Il lui faudra passer par d’autres corps, d’autres vies dont il devra prendre le contrôle ; désorienté, il lui faudra creuser, chercher –et souvent très rapidement compte tenu des situations dangereuses qu’il traverse- au fond de lui-même afin d’y trouver les ressources de sa survie pour finalement réussir à se débarrasser de la peau grêlée de Spots, accepter son véritable nom et devenir enfin lui-même. Car la question du livre est là : avec sur les épaules l’écrasant fardeau de sa propre histoire familiale et celui de l’Histoire (ici, l’Histoire sanglante des nations indiennes), comment parvient-on à devenir soi-même ?

Alors si le principe du livre peut dérouter dans un premier temps, s’attacher à une forme de logique (Spots revoit-il non pas sa vie, mais celle de sa famille, de ses ancêtres dans les quelques secondes qui précèdent sa mort ? Ou tout cela, y compris le braquage de la banque, est-ce simplement un rêve ? Où tombe-t-il dans un trou de l’espace-temps ? Ou....) serait faire preuve d’une ridicule et mesquine étroitesse d’esprit, et passer totalement à côté de ce roman. Peu importe comment Spots se retrouve soudain à Little Big Horn ou dans la peau d’agent du FBI ou dans celle de son propre père : l’intensité de ce que Spots vit et nous fait vivre est telle qu’elle ne nécessite aucune justification rationnelle. Laissez tomber tout cynisme, tout détachement, tout regard hautain, plongez dans ce livre, plongez dans la vie/les vies de Spots sans retenue et laissez s’exprimer vos émotions..

 

Site de Sherman Alexie (en anglais)


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