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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 07:32

Oncle dynamite (Uncle Dynamite - 1948) de Pelham Grenville Wodehouse, traduit de l’anglais par Josette Raoul-Duval. Editions 10-18 – 1989.


Oncle-dynamite_PG-Wodehouse.GIFDans le train qui le ramène de Londres à sa demeure campagnarde, Lord Ickenham, un sémillant sexagénaire, fait la connaissance de Bill Oakshott, un jeune homme timide de retour chez lui après une expédition au Brésil où il était parti pour tenter d’oublier –en vain- sa cousine Hermione, fille de Sir et Lady Aylmar Bostock, dont il est depuis longtemps amoureux en secret. Les Bostock se sont installés à Ashenden Manor, la résidence de Bill Oaskshott, lorsque Bill, encore tout jeune enfant, a perdu ses parents, et ne l’ont plus quitté depuis, Bill n’osant pas les en chasser. Bill est un ancien camarade de classe du neveu de Lord Ickenham, Reginald –Pongo- Twistleton qui, coïncidence (!), est justement le fiancé officiel de Hermione. Ce dernier est lui aussi à Ashenden Manor, en visite afin d’y rencontrer ses futurs beaux-parents. Lors de son séjour, Pongo, nerveux, brise malencontreusement un buste de Sir Aylmar. Pour le remplacer, il se rend discrètement chez son oncle Lord Ickenham et celui-ci lui donne un buste de substitution. Plus tard, profitant d’un voyage à l’étranger de sa femme, Lord Ickenham retourne à Londres dans l’idée d’y prendre du bon temps et déjeune avec l'ex-fiancée de Pongo, Sally Painter, une jeune sculptrice américaine. Les deux jeunes gens ont rompu parce que Pongo a refusé de passer en fraude aux Etats-Unis les bijoux d’une amie de Sally. Mais Sally a depuis trouvé une autre astuce: cacher les bijoux dans une de ses sculptures, un buste, justement celui qu’elle a confié à Lord Ickenham... et qui se trouve désormais chez les Bostock. Se faisant passer pour le major Plank, le responsable de l’expédition sud-américaine de Bill Oakshott, et prétextant de remplacer ce dernier en tant que juge du concours du plus beau bébé du village près de Ashenden Manor, Lord Ickenham décide de s’inviter chez les Bostock pour y récupérer les bijoux.

 

On l’aura sans doute déjà compris, on a affaire ici à quelque chose qui s’apparente à un vaudeville, impression d’une situation théâtrale que renforcent les très nombreux dialogues et le déroulement en un lieu quasi unique, Ashenden Manor, du livre.

Voici donc un roman/comédie avec des lords et des ladies, des jeunes gens riches et bien élevés, oisifs et pusillanimes, des jeunes filles dégourdies et pleines d’esprit d’initiative, des majordomes, un major, un ex-gouverneur de colonie, etc.; et voici une histoire d’amours contrariées, de quiproquos et de fausses identités...

Evidemment, les personnages sont caricaturaux et l’histoire cousue de fil blanc. En fait, censé se dérouler dans le milieu aristocratique de la campagne anglaise du début du XXe siècle, c’est plutôt une Angleterre fantasmatique, une espèce d’Angleterre "angleterrissime" dont il s’agit!

Pourtant, on pourra se laisser aller à y goûter à un certain charme désuet; parce dans le fond, Wodehouse se moque de cette Angleterre guindée et ridiculise cette classe supérieure aux rites d’un autre temps et au mépris facile; et parce que le style de l’auteur est léger, son écriture enjouée, enlevée, pleine de traits d’un humour un peu suranné et de réparties un rien ironiques. Ainsi est racontée la rencontre inaugurale entre lord Ickenham et Bill Oakshott :

"- Hum, excusez-moi ! N’êtes-vous pas Lord Ickenham ?

- Lui-même.

- Epatant !

Le vieux gentleman parut surpris.

- J’en suis moi-même assez satisfait, reconnut-il. Mais pourquoi vous réjouissez-vous ?

- Eh bien, si ça n’avait pas été vous !... dit le jeune homme, et il s’arrêta, le souffle coupé à la pensée des conséquences affreuses qu’aurait pu entraîner le fait licencieux d’adresser la parole à un inconnu. Ce que je veux dire... c’est que... je vous ai été présenté autrefois, il y a des années. J’étais un camarade de votre neveu Pongo et je venais quelquefois jouer au tennis chez vous. Vous m’avez une fois donné cinq louis.

- C’est comme ça que l’argent file.

- Je suppose que vous en vous souvenez pas de moi : Bill Oakshott.

- Bien sûr je me souviens de vous, cher ami, dit lord Ickenham avec chaleur, mentant sans sourciller. Si seulement j’avais autant de billets de banque que de fois où j’ai dit à ma femme « Mais que devient donc Bill Oakshott ? »...

- Non, vraiment ? Epatant. Comment va lady Ickenham ?

- Très bien.

- Epatant ! Elle m’a une fois donné deux louis.

- Vous remarquez que, d’une façon générale, les femmes les lâchent moins facilement que les hommes. Cela a quelque chose à voir avec la structure des os du crâne (...)".

Alors on se laissera séduire par le personnage pivot du roman, Lord Ickenham, qui prétend vouloir "apporter la joie et la lumière" autour de lui, ce menteur imaginatif et plein d’aplomb, imbu de lui-même, élégant, ne se départissant à aucun moment de son flegme, vif, plein d’esprit, charmeur et aux yeux de qui nulle situation n’est insoluble; un personnage auquel on aurait volontiers prêté les traits de David Niven.

Ne mégottons pas sur les clichés: ce livre pourra être une plaisante lecture pour un après-midi pluvieux où l’on se serait confortablement installé dans un vieux fauteuil club, à boire du thé accompagné d’un peu de brandy tout en grignotant quelques petits sandwiches au concombre.

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One More Blog in the Ghetto - dans Littérature: Anglosaxonne
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commentaires

Oncle Paul 08/01/2011 15:03


Il est vrai que P.G. Wodehouse possède un humour so british
jamais vulgaire. D'ailleurs il me semble que Omnibus vient de réimprimer les trois volumes consacrés à Jeeves. De la lecture en perspective, réjouissante, divertissante, parfois truculente
Amicalement


One More Blog in the Ghetto 08/01/2011 18:16



Oui, de temps en temps, un peu de légèreté entre deux "noirs", histoire de respirer...


Amitiés.


PS: ma -j'espère- prochaine chronique sera consacrée à un -très bon- roman de la série Charlie Resnick, le flic amateur de jazz de John Harvey; un personnage aux goûts qui
doivent te plaire, non?



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