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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 11:04

 

Aller simple (Camino de ida – 2007) de Carlos Salem, traduit de l'espagnol par Danielle Schramm.

 

aller simple carlos salemOctavio Rincòn, un fonctionnaire falot entre deux âges de la banlieue de Barcelone, et sa tyrannique et plantureuse épouse séjournent pour les vacances dans un hôtel de Marrakech. Au cours de la sieste de l'après-midi, la femme d'Octavio meurt. Craignant d'être accusé de meurtre, Octavio cache le corps sous le lit, puis se rend au bar de l'hôtel pour y éprouver un sentiment de liberté nouveau pour lui. Là, il fait la connaissance de Raùl Soldati, un argentin à la fois escroc, homme d'affaires sans affaire et révolutionnaire sans révolution, qui va l'entraîner dans une série de tribulations picaresques à travers l'Atlas marocain.

 

Le scénario de ce livre peut sembler banal au premier abord: c'est en effet celui, archi-vu/archi-lu, du type ordinaire, à la vie médiocre, qui, suite à un événement fortuit, échappe à ce qu'il était jusqu'alors et découvre la liberté de l'aventure -et partant se découvre lui-même-. Pourtant, avec cette trame rebattue, Carlos Salem parvient tout de même à nous séduire et à nous entraîner à la suite d'Octavio, et ce grâce à une écriture enlevée et un traitement original.

Le style de Salem, simple, est rapide, "cavalant". Sans pause, il nous emmène avec Octavio et ses comparses dans une succession de péripéties et de rencontres de plus en plus invraisemblables... que l'on va prendre pour argent comptant sans sourciller!

Car si, au départ, on veut bien croire aux premiers évènements qui arrivent à Octavio (la mort de sa femme, la soirée avec Soldati), au fur et à mesure du récit, ils se font de plus en plus irréalistes (à l'instar des résultats des matchs de cette coupe du monde de football qui passionne tout le monde et qui deviennent de plus en plus improbables, footballistiquement parlant). Un temps alors, on s'interroge sur "la réalité" de ce que vit Octavio (Ne serait-ce en fait qu'un rêve ou un fantasme? par exemple), mais très vite, bast! Qu'importe! Le talent de Carlos Salem est de parvenir à suspendre notre incrédulité, à ce que l'on en vienne à se moquer de la vraisemblance pour ressentir le plaisir simple et stimulant de se laisser embarquer dans cette aventure drolatique et farfelue, d'accepter que sa route croise des personnages saugrenus. Ainsi, le sexe d'Octavio acquiert-il soudain des proportions asiniennes? Octavio est-il poursuivi par un diplomate/trafiquant bolivien et ses sbires qui lui tombent dessus à tout bout de champ? Une jeune et jolie suédoise tombe-t-elle dès leur première rencontre immédiatement amoureuse d'Octavio? Se lie-t-il d'amitié et fera-t-il route avec Charly, un vieil hippy qui se révèle être Carlos Gardel, mort 80 ans auparavant, et qui s'est donné pour mission de débarrasser la terre d'un chanteur bien connu qui s'est permis de reprendre ses chansons? Leur périple les amène-t-il en plein désert sur un tournage de film sans pellicule, qui paraît durer depuis une éternité et devoir se poursuivre de toute éternité? Visiteront-ils un écrivain (Mowles, un nom qui en rappelle un autre...), promis au Prix Nobel, qui n'a jamais écrit une ligne et que des adorateurs viennent vénérer du monde entier?  Et bien, à tout cela: pourquoi pas ?!?! On prend le tout, ça et bien d'autres choses encore, on les accepte et on en redemande.

Mais derrière les tribulations ébouriffantes d'Octavio, Salem nous laisse entendre aussi deux ou trois choses un peu plus profondes: par exemple que la vie n'est qu'un aller simple et qu'il vaut peut-être donc mieux foncer droit devant, tout en tâchant de se débarrasser du nuage noir des regrets et de la culpabilité qui nous suit et empêche le soleil de nous atteindre (et de devenir celui que l'on est?); ou que les vrais artistes ne meurent jamais et ont le droit (le devoir?) de revenir se débarrasser des usurpateurs qui s'approprient leurs œuvres (tant il est vrai que de nos jours, les "repreneurs" de tubes d'antan sont légion qui se font une notoriété à bon compte – et engraissent des patrons de maison de disques peu regardants...).

Le roman de Carlos Salem est réjouissant et optimiste, et fait parfois songer à ceux, déjantés, d'Edouardo Mendoza. C'est un livre qui parle d'amour, d'aventure, de révolution, d'art et de football ; que demander de plus ?

 

PS: L'éditeur du roman de Salem, Moisson Rouge, a eu la très bonne idée de rééditer le meilleur roman de Robert Bloch, Le crépuscule des stars. N'hésitez pas à faire d'une pierre deux coups!

 

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