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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 11:57

Les ailes du sphinx, une enquête du commissaire Montalbano (Le ali della sfinge - 2010) d’Andrea Camilleri, traduit de l'italien (sicilien) par Serge Quadruppani.


les ailes du sphinx andrea camilleriLe cadavre nu d’une jeune fille assassinée est retrouvé dans une décharge. Rien pour l’identifier si ce n’est le tatouage d’un papillon sur l’épaule. Le commissaire Montalbano, qui a déjà la responsabilité de dénouer les fils du bizarre enlèvement d’un homme, est chargé de l’enquête. Celle-ci va le conduire à s’intéresser aux arcanes d’une oeuvre charitable – pas aussi catholique qu’elle le déclare - qui accueille de jeunes immigrées clandestines en provenance de pays de l’est.

 

Lire une enquête du Commissaire Montalbano, c’est un peu comme lire un Maigret (ou, pour les amateurs de musique, écouter un album de JJ Cale) : on peut prendre n’importe lequel, hors chronologie, on y rencontrera, derrière un apparent renouvèlement, toujours les mêmes personnages tels qu’on les avaient laissés la fois précédente et toujours les mêmes ingrédients. Car, contrairement par exemple aux séries de polars scandinaves à héros récurrents où les personnages évoluent, ici, rien de tel, Montabano, ses collègues, la ville de Vigata et ses habitants semblent immuables (même si ici, Montalbano, ressent en début de roman le poids des ans, cela n’a guère d’incidence sur le déroulement de l’histoire); et ceci pour mon plus grand plaisir. Car pour moi, retrouver Montalbano, c’est comme retrouver un ami qui me raconte un peu toujours la même chose mais que j’écoute toujours avec délectation.

C’est donc sans surprise que dans cette nouvelle enquête, j’ai retrouvé avec bonheur l’écriture délicieuse de Camilleri, faite de langage imagé, de patois sicilien, de dialogues vifs, de tournures de phrases hilarantes (merci Quadruppani) ; les mêmes personnages inamovibles, bien sûr l’irascible et intuitif commissaire, ses problèmes de couple avec son éternelle fiancée Livia, ses collègues Mimi Augello et ses ennuis familiaux, Fazio et son obsession pour les fiches d’identité interminables, Cataré le standardiste du commissariat avec sa dévotion pour la hiérarchie et son incapacité à noter correctement le moindre message téléphonique, le légiste Pasquano dont dire de lui qu’il est en permanence d’une humeur de chien relève de l’euphémisme, le questeur attentif à ne pas faire de remous, etc, etc... ; et aussi les mêmes vieilles femmes colériques, les mêmes épouses dominatrices, commerçants peureux et petits magouilleurs de tous ordres (la "Combinazione") ; la même présence en toile de fond et mainmise sur la société sicilienne de l’Eglise et de la Mafia ; la même importance primordiale de la nourriture (ici, on trouvera donnée la recette de la ‘mpanata de cochon) ; les mêmes messages humanistes tranquillement dénonciateurs glissés par Camilleri à propos du fonctionnement du monde en général et de l’Italie en particulier (ici le trafic de jeunes filles en provenance des pays de l’Est et une nouvelle loi sur la légitime défense).

Bref, l’enquête ? Peu importe ! Le plaisir est ailleurs. Moi, depuis une dizaine d’années, j’aime à aller régulièrement visiter Montalbano dans sa maison de Marinella, m’y asseoir avec lui sur sa terrasse donnant directement sur la plage pour y contempler le coucher du soleil tout en mangeant quelques rougets grillés, et l’écouter me raconter encore et toujours son petit coin de Sicile à travers une histoire jamais tout à fait la même mais jamais vraiment différente, et toujours haute en couleurs. Et après quelques heures, le livre terminé, je sais que je reviendrai l’année prochaine, que rien n’aura changé et que j’y serai bien.

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commentaires

Acquignyteur 14/10/2010 21:04


Merci pour ce commentaire qui m'a permis de découvrir l'univers du "Dottori" Montalbano et les frasques du délicieux Catarè...
Bien qu'il s'agisse là de mon premier roman d'Andrea Camilleri j'ai beaucoup apprécié les efforts effectués par le traducteur, pour nous faire ressentir le gout prononcé de l'auteur pour le patois
et l'"argos" Sicilien ! J'espère qu'il en sera de même dans les prochains romans d'Andrea Camilleri que je compte bien découvrir !


One More Blog in the Ghetto 15/10/2010 07:57



Très heureux de pouvoir faire partager ce plaisir de lecture. Toute la série des Montalbano est du même niveau et c'est à chaque fois un réel plaisir de s'y replonger. N'hésitez pas non plus à
essayer du Camilleri hors Montalbano



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