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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 12:06

Le bout du rouleau (The ultimate good luck - 1981), de Richard Ford, traduit de l'anglais (américain) par Brice Matthieussent.


le bout du rouleau richard fordHarry Quinn, un Viet’ Vet’ d’une trentaine d’années (le livre se déroule probablement dans les années 70), est à Oaxaca, petite ville du Mexique, pour essayer de faire sortir de prison Sonny, tombé pour trafic de cocaïne. Rae, sa femme/ex-femme et sœur de Sonny, le rejoint avec l’argent nécessaire pour acheter qui il se doit (procureur, etc.) afin de faire libérer Sonny.


Ne pas trop se fier à cette trame, on n’a pas affaire ici à un polar, (trois lignes de plus suffiraient presque à résumer toutes les péripéties de l'intrigue).

En fait, l’intérêt du livre est dans le personnage de Quinn et dans la façon dont Richard Ford, par son écriture et son style, nous fait ressentir ce personnage : sans analyse, sans introspection, il nous montre un Quinn qui ne manifeste plus d’émotion devant l’horreur, se laisse conduire par Bernhardt (littéralement et métaphoriquement) -un avocat local au rôle ambigu censé l’aider à faire sort faire sortir Sonny-, un Quinn qui "décroche" souvent de l’instant présent (nombreux flash-back, mais peu de la guerre du Vietnam), paraît sans cesse être dans sa bulle à observer les paysages, la ville, les gens, se focalisant sur des détails comme pour s’accrocher au présent. Il est plongé dans une histoire qu’il ne maîtrise pas (les relations et actions des autres personnages, et leur impact sur le déroulement des évènements, ne sont pas clairement données, comme pour dérouter le lecteur de la même façon que l’est Quinn). Il y a peu d’allusions directes au Vietnam, comme si Quinn ne voulait plus y penser, pourtant tout dans le livre semble montrer un personnage traumatisé par la guerre, au bout du rouleau. Quinn finira par agir/réagir (par prendre sa vie en mains ?) grâce à une Rae dont on sent petit à petit l’importance : à la dernière page, c’est elle qui posera deux fois la même question à Quinn : « Tu te crois maintenant assez mûr pour vivre ta vie ? », ajoutant la seconde fois « sans protection ».

L’écriture de Richard Ford est subtile et ne cherche en rien à la happer le lecteur, à le tenir en haleine ; un "anti-thriller" qui ne se donne pas d’emblée, qui ne se lit pas d’une traite (malgré sa brièveté : 240 pages), mais demande le relatif effort de s’installer dans la lecture.

Pour celui qui découvrirait l’auteur par ce livre, ce 2ème roman publié par Ford n’incite pas à immédiatement se ruer sur le reste de son œuvre. Pourtant, il est suffisamment marquant pour qu’après avoir séjourné quelques semaines au fond de la mémoire, il suscite immanquablement l’envie de retrouver l’écriture de Richard Ford à travers un des ses romans plus ambitieux.


Richard Ford sur Wikipedia france


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