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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 07:20

Berlin Express (Id - 1948), un film de Jacques Tourneur, avec Robert Ryan, Merle Oberon, Paul Lukas, Charles Korvin, Robert Coote, Roman Toporow.

 

Berlin Express Jacques TourneurParis, 1948. Un homme passe devant le Palais de Justice où des journalistes sont refoulés d’une conférence entre des représentants des Nations Unies et le chef d’une commission d’enquête, le Docteur Bernhardt, qui présente un rapport visant à regrouper en un pays uni les zones alliées en Allemagne occupée. L’homme est américain et semble faire du tourisme. A la Tour Eiffel, un pigeon est abattu. Des enfants décident d’aller l’enterrer devant le Sacré Cœur. En cours de route, les gosses sont arrêtés par la mère de l’un deux qui confisque le pigeon. Elle découvre que l’oiseau était porteur d’un message. Remis à la police, le message arrive jusqu’au 2ème bureau qui ne parvient pas à le décrypter, mais informe les autres ambassades alliées. Le soir, le touriste américain, en fait industriel dans l’alimentation, embarque à bord d’un train spécial en direction de Berlin. Les autres occupants de son wagon sont une Française, un professeur Anglais, un soldat Russe, un ancien résistant Français et deux Allemands. Un compartiment est réservé à un important personnage qui arrive au dernier moment accompagné de deux gardes du corps. Avant de redescendre du wagon, l’un d’eux donne discrètement à l’un des Allemands le mystérieux message, sur lequel est écrit : 21.45 – D – 9850 – Sulzbach. L’important personnage s’avère être le Docteur Bernhardt, son compartiment est le D, son wagon porte le numéro 9850 et le train part à 21h45. Parvenu à la petite ville de Sulzbach, le train est stoppé par une charrette en travers des voies. Pendant l’arrêt, l’explosion d’une grenade retentit dans le compartiment du Docteur Bernhardt et celui-ci est tué. Le train repart et arrivé à Frankfort, tous les passagers du wagon sont interrogés par la police militaire américaine. Mais parmi eux, certains ne sont pas qui ils prétendaient être...

 

Les premiers plans du film nous font suivre un touriste qui semble baguenauder dans un Paris redevenu le "gay Paris" d’avant-guerre (voir l’image-cliché en légère contre-plongée où Robert Ryan est à la terrasse d’un café pris entre le Moulin Rouge en arrière plan et les jambes d’une fille au premier plan). La présence d’une voix off, avec son commentaire objectif, laisserait même croire qu’il s’agit d’un reportage sur la paix retrouvée. Mais, alors que la caméra suit le vol d’un pigeon, au moment où la voix off prononce le mot "paix", un coup de feu retentit, abattant ce pigeon/colombe de la paix: cette paix est bien fragile et dans l’ombre (hors champ), des complots se trament encore...

Là réside le message –un peu naïf- de ce film: face à des organisations souterraines cherchant à ruiner les efforts de paix, chacun (toutes les nations) est concerné et doit s’impliquer à l’unisson pour les combattre. C’est ainsi que la partie centrale du film montrera les différents passagers du wagon, tous appartenant à un pays différent, mener ensemble la traque d’une l’organisation effectivement souterraine (se terrant au fond d’une brasserie désaffectée).

La morale pacifiste de ce film paraîtra bien candide. De même, on pourra lui reprocher ses dialogues très proches, notamment à la fin, du grandiloquent ou ses personnages principaux n’échappant guère aux stéréotypes et portés par des acteurs manquant souvent de relief. Malgré cela, outre un scénario offrant son lot de coups de théâtre et rebondissements à même de tenir l’attention du spectateur, il va surtout permettre d’apprécier le grand talent de metteur en scène de Jacques Tourneur.

Berlin Express (ruines3)Ce savoir-faire apparaît dans l’utilisation des décors. Contrastant de façon saisissante avec un Paris des plaisirs, Frankfort a été dévastée par les bombardements. Par de longs travellings, renforcés par le retour de la voix off qui ancre plus encore le film dans la réalité, Tourneur -ayant été autorisé à filmer en décors réels- va commencer par nous montrer une ville qui n’est plus qu’une succession de bâtiments écroulés, de rues pleines de gravats; un champ de ruines. C’est un paysage de dévastation, les restes squelettiques d’une cité dont les habitants survivent dans des logements aux trois quarts effondrés et se précipitent sur les passagers débarquant des trains pour essayer de leur vendre ce qu’il reste de leurs biens, une ville où seules les cigarettes constituent encore une monnaie d’échange stable.

Tourneur va ensuite, lors de la traque, utiliser ce fantastique décor (dans les deux acceptions du terme) d’une absolue désolation pour y faire évoluer ses personnages tels les survivants d’une fin du monde errant dans un paysage apocalyptique, images acquérrant alors, paradoxalement, une beauté onirique.

Berlin Express (brasserie)Mais ce film offre bien d’autres opportunités pour apprécier l’habileté de Tourneur: ainsi cet étonnant travelling latéral sur le train au départ de la gare de l’Est nous présentant un à un, à travers les fenêtres, les personnages de l’histoire, ou cette scène de meurtre en arrière plan filmée dans le reflet d’une vitre (scène avec un petit côté hitchcockien), ou cette habile séquence en gare de Frankfort, ou cette autre de pur film d’action dans l’incroyable décor de la brasserie désaffectée, ou encore, de façon plus générale, par sa manière de jouer avec les ombres et le hors champ.Berlin express (pendu)

Loin donc d’être exempt de défauts, cette œuvre, avec ses étonnants passages dignes d’un documentaire d’actualités, n’est ni un grand film noir (c’est d’ailleurs plutôt un film d’espionnage), ni même un grand film de Jacques Tourneur. Mais avec son histoire bien ficelée, il offre néanmoins bon nombre d’images surprenantes qui restent en mémoire, un spectacle visuel par moments fascinant, qui s’achèvera sur un étrange tout dernier plan laissant le spectateur sur une interrogation.

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commentaires

powered 30/04/2014 13:03

Without doubt this is an espionage thriller, so it should go without saying that not everyone is what they appear to be, and there will be at least one big reveal before the credits roll. The film is a perfect entertainer.

Caro 04/12/2010 15:02


blog intéressant qui allie le ciné et la littérature, ce qui apporte une touche originale et attrayante; moi qui souhaite me mettre à l"'ecriture d"un livre en 2011, cela peut être une source
d'inspiration, même si cela ne sera pas forcément dans le cadre d'un polar. A+


One More Blog in the Ghetto 04/12/2010 22:13



Merci Miss Caro et tous mes voeux de réussite pour l'écriture du livre en 2011.



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