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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 09:26

 

L’été de cristal (March violets – 1989) de Philip Kerr (traduit de l’anglais par Gilles Berton)

Premier volume de La trilogie berlinoise (Berlin Noir)

 

 L'été de cristal Philip kerrEn 1936, à Berlin, au moment des Jeux Olympiques, Bernie Gunther, ex-commissaire de la police berlinoise devenu détective privé, est engagé par un riche industriel pour découvrir qui a assassiné sa fille et son beau-fils, puis incendié leur domicile, mais aussi – et peut-être surtout - pour retrouver le collier de diamants - voire autre chose - qui leur a été dérobé. Bernie va donc mener une enquête qui va le conduire à frayer tant avec une organisation criminelle qu’avec la Gestapo ou les hautes sphères du pouvoir nazi et ses luttes politiques internes.

L’éditeur évoque en 4ème de couverture Philip Marlowe et la Californie des années 30. Effectivement, on peut y songer, et c’est peut-être ce qui a fait que dans un premier temps, ce livre ne m’ait que moyennement emballé: il a été écrit en 1989 mais les péripéties qui s’y déroulent ont furieusement un goût de "déjà lu", voire même de cliché (même si l’auteur en joue peut-être, citant à un moment donné explicitement La moisson rouge). Avec quelques substitutions de personnages, ç’aurait pu être n’importe quel polar hard boiled se déroulant à Los Angeles ou New York. Quoique...
En effet, au-delà de l’intrigue, par touches, nous est décrite l’ambiance qui règne dans la ville, du fait du pouvoir politique en place. Mais cela ne semble guère affecter le personnage principal, donnant ainsi une première impression que ces éléments historiques n’ont qu’un rôle décoratif – certes relativement original pour un polar -. Puis on comprend qu’il s’agit-là de la perception qu’en a Bernie, personnage détaché, quasi indifférent, voire cynique, vis-à-vis de l’atmosphère environnante et de ce qu’elle génère, préoccupé uniquement par les femmes et l’argent; et de fait, même s’il se déclare socio-démocrate, il se montre capable de compromissions avec le pouvoir.
Du point de vue strictement polar, l’avancée de l’enquête, classique, embrouillée à souhait, avec de multiple personnages appartenant aux milieux les plus divers, se suit néanmoins avec plaisir et... se voit en grande partie réglée à quarante pages de la fin.
Car avec les quarante dernières pages, Bernie – et le lecteur avec lui - bascule dans "autre chose" (difficile d’en parler sans en révéler la teneur). Et ces pages pousseront le lecteur à réévaluer le livre et repenser le personnage principal.
Certains pourront estimer que j’accorde trop d’importance à ce final et ne le trouveront peut-être pas aussi inattendu que cela, notamment concernant une supposée évolution du personnage. Pour ma part, cette fin m’a satisfait et surtout amené à réaliser que mon attente – déçue - de ressentir dans le reste du livre un climat plus pesant compte tenu du contexte, était celle d’un lecteur de 2010 (qui connaît la suite des événements), pas ce qu’aurait pu vivre un personnage de 1936.
De plus, l’auteur laisse in fine en suspens un mystère qui s’avère singulièrement révélateur de la période.
Au final, un livre conseillé à l’amateur de polars classiques – pas tant que cela finalement - avec ce héros dur à cuire toujours l’insolence à la bouche que la réalité finit par rattraper.

En complément: Pour les amateurs du genre "polar se situant dans le contexte historique trouble des années pré ou post seconde guerre mondiale", je recommande la lecture de
Carte Blanche suivi de Létrouble (Carta bianca, L'estate torbida) et de Via delle Oche (id.), deux livres de Carlo Lucarelli parus en 1999 et se situant dans l'Italie dans la période post mussolinienne, avec pour personnage principal un ancien commissaire de la police politique de l’état fasciste

 

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