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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 14:56

Celle qui n’était plus (1952), Pierre-Louis Boileau & Thomas Narcejac (parû également sous le titre Les diaboliques).

 

celle qui n'était plus_boileau & narcejacFernand Ravinel est un petit représentant de commerce en produits de pêche. Aidé/poussé par sa maîtresse/complice Lucienne, il assassine sa femme Mireille, maquillant le crime en suicide, afin de toucher la prime d’assurance-vie pour partir s’installer à Antibes. Mais une fois le forfait commis, les choses ne se déroulent pas du tout comme Fernand l’avait envisagé...

 

 

 

 

Il faut tout d’abord préciser que si le contexte d’ensemble peut sembler similaire –le triangle mari, femme, maîtresse et la machination du meurtre-, le roman de Boileau & Narcejac n’est en fait qu’une source d’inspiration plutôt lointaine de l’excellent film qu’en a tiré de H-G. Clouzot.

Le livre de Boileau & Narcejac est entièrement vécu (exception faite de l’épilogue) du point de vue de Fernand ; c’est uniquement à travers les yeux, les pensées, les souvenirs de ce personnage faible, soumis, que nous suivrons le déroulement de l’histoire et donc ne connaîtrons qu’une partie de l’ensemble. Et les auteurs se montrent particulièrement habiles à nous faire partager l’état d’esprit de Fernand. (Ainsi, entre autres, le passage relatant le trajet de nuit de Fernand et Lucienne de Nantes à Paris avec, à l’arrière de la camionnette de Fernand, le cadavre emballé de Mireille, scène où s’entremêlent les descriptions concrètes du voyage et des paysages traversés, et les pensées de Fernand).

Mais aussi, au détour d’une phrase ou entre les lignes, Boileau & Narcejac glissent adroitement des indices tant matériels que psychologiques qui nous permettent de comprendre que, derrière la perception de la réalité qu’a Fernand, s’en cache une tout autre. En fait, Fernand ne voit ni ne comprend grand’chose, se laissant vite aller à des hypothèses fantasmagoriques pour expliquer l’inexplicable plutôt que de tenter d’analyser froidement et rationnellement les faits. L’omniprésent brouillard qui enveloppe le personnage tout au long du roman se trouve aussi –et surtout- dans sa tête ; durant tout le livre, Fernand va être littéralement et s’enfoncer métaphoriquement "dans le brouillard".

Ce"polar psychologique", d’une lecture très agréable, est écrit dans un style que l’on pourrait qualifier –si tant est que cela veuille dire quelque chose- de classique. Mais attention! Derrière cette sagesse apparente, les auteurs, à mots plus ou moins couverts, se montrent audacieux, évoquant discrètement un sujet encore guère abordé à l’époque.

Aujourd’hui encore, et à juste titre, un Georges Simenon par exemple a de nombreux lecteurs ; il serait dommage qu’il n’en soit pas de même pour Boileau & Narcejac.

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commentaires

cynic63 02/11/2010 10:42


Sur la base, très ancienne je le répète, de ma lecture du roman, c'est vrai que j'avais eu l'impression de lire un peu autre chose. Dans le genre "proche mais quand même pas tout à fait raccord
avec le livre", j'avais bien aimé le "Mr. Hire" de Leconte avec Michel Blanc (peut-être son meilleur rôle dramatique)


One More Blog in the Ghetto 02/11/2010 11:15



A mon tour, je me souviens mal du roman de Simenon et de l'adaptation faite par Leconte. En revanche, il existe une version réalisée par Duvivier en 1947,
intitulée Panique, qui est un de mes films fétiches. D'une extrême noirceur (une ambiance qui sent un peu l'épuration d'après-guerre) avec un Michel
Simon absolument extraordinaire! Fortement conseillé !!



cynic63 01/11/2010 09:33


Lu il y a longtemps mais je revois la version ciné, très différente comme tu dis, avec un grand plaisir à chaque fois


One More Blog in the Ghetto 02/11/2010 06:40



Moi aussi. L'excellent film de Clouzot parle carrément d'autre chose. Paul Meurisse y est parfait, mais son personnage est par exemple l'inverse du Fernand du roman. Comme quoi, quel que soit le
matériau de base de l'inspiration, un grand cinéaste peut laisser parler sa créativité et ne pas se borner à "mettre en images" un livre.



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