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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 11:38

 

La morsure du lézard (Spirit Sickness – 2000) de Kirk Mitchell, traduit de l’anglais (américain) par Daniel Lemoine.


la morsure du lezard kirk mitchellEtats-Unis, Grande Réserve Najavo. A l’arrière d’un véhicule de police abandonné dans un coin reculé sont retrouvés les cadavres calcinés d’un officier de la police navajo et sa femme. L’enquête sur ce double crime revient à Emmett  Parker, un indien commanche officier du Bureau des Affaires Indiennes et son équipière Anna Tunipseed, indienne modoc agent spécial du FBI. Leurs investigations à travers les paysages désolés des Four Corners vont les amener sur la piste d’un tueur psychopathe qui se prend pour le dieu Lézard Perlé.


Il m’arrive parfois, au terme d’un week-end agité, de me vautrer bovinement sur mon canapé, le dimanche soir venu, et de me coller devant la télé pour y regarder un de ces polars manufacturés Hollywood : c’est  généralement correctement filmé, correctement scénarisé, correctement joué (souvent avec Mel Gibson ou Denzel Washington dans le rôle principal) ; c’est du produit bien fichu, solide, qu’on regarde sans déplaisir mais... c’est sans éclat, sans style, sans âme. C’est la même impression que m’a faite ce roman

Oh, bien sûr, dans le livre de Kirk Mitchell, tous les ingrédients du polar sont là : l’enquête avec de fausses pistes, le gang de voyous, les rapports ambigus entre les personnages, les paysages écrasants, les distances interminables à parcourir sur des routes désertes, les personnages secondaires plus ou moins équivoques, les scènes d’action, un peu de suspens, la traque du tueur psychopathe, les traumatismes de l’enfance, le poids des traditions et les rites des diverses nations indiennes, les susceptibilités respectives du FBI et du BIA... c’en est presque trop. Tout est là, mais la sauce ne prend pas vraiment.

Ainsi, le style : quelconque, banal, aucune phrase, aucune idée originale dans l’écriture, aucun enchaînement dans le déroulement qui inciteraient le lecteur à interrompre un instant sa lecture pour en goûter la saveur.

Ainsi, les personnages principaux : on ne s’attache pas à eux, on ne ressent rien de leurs émotions, on en vient même à se foutre de leurs problèmes relationnels.

Ainsi le tueur psychopathe : oui, il y a bien l’origine glauque, les sévices et traumatismes durant l’enfance,  la psychose en résultant, la "voix" dans sa tête (non ?!?!), les croyances perverties, la vengeance... mais lui aussi nous laisse indifférent.

Parce que tout cela sent l’atelier d’écriture, le plan bien conçu et la mise en pratique de recettes : par exemple, nombre de chapitres ou parties de chapitre commencent par une scène dont on ne parvient pas d’emblée à faire le lien avec ce qui a précédé. Après un ou deux paragraphes, un court flash back nous explique comment on en est arrivé là, avant que ne reprenne la scène initiale. La fréquence d’un tel agencement sent le procédé, le "truc" d’écrivain. Et ce n’est pas le seul. On a affaire sans aucun doute à un bon professionnel de l’écriture ; un pro du polar, oui ; un auteur, non.

Au final, la lecture de ce deuxième roman de la série Parker – Turnipseed n’est pas vraiment désagréable. Il pourrait même plaire aux amateurs de Michael Connelly ou Harlan Coben. C’est du produit bien fichu,  solide, etc. (voir plus haut). C’est même bien meilleur que beaucoup de ces best-sellers qui étouffent les têtes de gondole des "coins culture" des supermarchés. Tiens, Hollywood pourrait probablement en faire un film parfait ... pour un dimanche soir à la TV.

Kirk Mitchell n’est pas un mauvais raconteur d’histoires, mais c’est avec de telles lectures qu’on réalise, par comparaison, combien un James Ellroy, un George Pelecanos, un David Peace ou un James Lee Burke par exemple sont eux plus que de simples écrivains de polar ; ils ont ce qui manque à Kirk Mitchell : l’âme d’un auteur.

Sur la couverture de l’édition de poche, l’éditeur reprend un extrait d’article paru dans le magazine People (on a les références que l’on peut...) disant « Tony Hillerman méfies-toi... Mitchell maîtrise son sujet ! ». Qu’il y a de la maîtrise dans le roman de Kirk Mitchell, c’est indéniable ; mais ce pauvre Hillerman n’avait en réalité pas grand’ chose à craindre. Alors, tant qu’à lire des "polars ethnologiques", optez plutôt le créateur de Joe Leaphorn et Jim Chee.

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