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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 07:00

Funestes carambolages (Carambole – 1999) de Hakan Nesser, traduit du suédois par Agneta Ségol & Marianne Samoy. Editions du Seuil – 2008.

 

Funestes-carambolages_Hakan-Nesser.jpgRentrant chez lui par une nuit pluvieuse après un repas arrosé entre amis, un homme heurte avec sa voiture un adolescent qui marchait au bord de la route. Il descend de son véhicule et constate que l’adolescent est mort sur le coup. Ne repérant aucun témoin de l’accident, il prend la fuite. Au bout d’une semaine, comprenant à la lecture quotidienne des journaux que la police ne dispose d’aucun indice, rassuré, il a repris le cours normal de sa vie. C’est alors qu’il reçoit une lettre lui réclamant de l’argent pour prix du silence. L’homme se rend au rendez-vous du maître chanteur et le tue. Le cadavre n’en est découvert qu’au bout de quelques jours. Il s’avère être celui du fils de l’ex fameux commissaire Van Veeteren, désormais assistant libraire. La résolution de ce crime devient une priorité pour la police, mais très vite, les investigations n’avancent plus. L’homme se pense sorti d’affaire lorsqu’il trouve dans son courrier une deuxième lettre du maître chanteur qui a maintenant multiplié ses exigences financières.

 

Funestes carambolages est le septième roman de la série Van Veeteren, mais curieusement le quatrième traduit en France... mystère de l’édition...

Ce Funestes carambolages est un procedural nordique qui, comme bien d’autres romans de ce-genre-à-lui-tout-seul, se caractérise par une avancée plutôt lente et laborieuse de l’enquête menée par une équipe d’inspecteurs. De ce point de vue, la chose est bien faite et satisfera l’amateur. L’auteur sait de plus ménager quelques coups de théâtre à même de capter l’attention et de stimuler la curiosité.

Mais au-delà, Hakan Nesser nous prive de quelques uns des traits communs à ce type "géographique" de polars qui participent habituellement du plaisir de ce genre de romans: les personnages des flics n’ont ainsi pas tous la même épaisseur et si l’auteur nous fait bien entrer dans la vie personnelle de certains (le commissaire Reinhart) ou parvient à en particulariser d’autres (Rooth), le reste des membres de l’équipe, pourtant intervenant fréquemment dans le cours du récit, semble parfois juste des noms posés sur la page blanche ou servant simplement à justifier des dialogues. De fait, on n’a que peu ici de ces "petites touches de réalité" qui ancrent les personnages dans la vie de tous les jours. Au contraire, le roman ne s’inscrit dans aucun contexte social; au mieux a-t-on l’impression d’évoluer auprès de personnages appartenant à une espèce de classe moyenne généralisée, neutre. Partant, on n’y trouvera donc pas cette caractéristique pourtant fondatrice du genre "polar suédois" -cf. Sjöwall & Wahlöö-, plus ou moins ostensiblement présente chez leurs successeurs depuis, qu’est la critique sociétale. Rien de tel ici, le roman se situant même dans une ville imaginaire (Maardam), bien que la consonance des lieux, la météo et les habitudes alimentaires laissent à penser qu’on se trouve quand même dans un pays du nord de l’Europe.

La structure de ce roman est plutôt conventionnelle, avec des chapitres consacrés au meurtrier et d’autres dévolus à l’avancée des investigations des enquêteurs. Comme on l’a dit, ces derniers sont plutôt bien conçus. Pareillement, les parties où l’on suit le meurtrier ne manquent pas d’intérêt, nous racontant comment un homme ordinaire bascule –un peu trop facilement peut-être- dans le meurtre, acte lui apparaissant vite –trop vite?- comme une solution rapide, facile et radicale de régler ses problèmes. Le lecteur pourra toutefois s’interroger sur l’utilité de certain de ces meurtres et se demander si l’auteur ne s’est pas un peu laisser aller à noircir inutilement le personnage. En revanche, pas mal vue est la façon dont le meurtrier se créé une théorie pseudo psycho-philosiophique un peu élémentaire pour justifier ses agissements à ses propres yeux (sans pour autant –heureusement!- tomber dans le délire du psycho-killer) et grâce à laquelle il parvient à se convaincre que le Mal, c’est l’autre.

Quant au personnage qui donne son nom à la série, Van Veeteren, il est singulier de ne le voir intervenir qu’assez tardivement dans le cours du récit et n’y avoir nullement le rôle principal, même si dès son apparition, il deviendra le troisième point de vue de la narration. Avec ce personnage qui a laissé une forte et indélébile impression sur ses collègues –tous, lorsqu’ils l’évoquent, en parlent avec un respect admiratif en le nommant simplement "le commissaire"-, Nesser va principalement chercher à donner à lire une réflexion sur le deuil. Ce n’est qu’une semi réussite: s’il est en réalité quasi impossible –même si l’on est effectivement parent- d’éprouver les émotions que pourrait engendrer en nous un tel drame (la perte de son enfant), l’auteur ne parvient toutefois pas véritablement à nous faire ressentir ce qu’il cherche pourtant à nous transmettre; il ne réussit pas vraiment à nous faire partager les émotions de Van Veeteren, à leur donner de l’intensité, du poids, bref à nous mettre en empathie à l’ex commissaire. Certains passages ne manquent pas de réalisme, mais on se sent cependant trop souvent observateur extérieur de ce chagrin.

La construction du roman enfin présente deux éléments qui me chagrinent un peu: le début, qui alterne paragraphes traitant du futur meurtrier sortant de son dîner et paragraphes suivant l’adolescent future première victime quittant la maison de sa copine, en fait peut-être un peu trop, concernant ce dernier, dans le genre voici-une-jeune-existence-innocente-et-pleine-de-vie-qui-prenait-tout-juste-son-envol-et-se-voit-détruite-en-plein-élan, Nesser nous ayant par exemple clairement fait comprendre que les deux jeunes étaient à quelques jours de connaître ensemble Leur Grande Nuit (si vous voyez ce que je veux dire...). Autre point d’insatisfaction, aux trois quarts du roman, l’identité du maître chanteur une fois révélée, celui-ci a soudain droit à son propre chapitre qui va nous éclairer sur un personnage un peu névrosé n’ayant malheureusement pas grand-chose d’original (dans un polar s’entend) et présentant finalement peu d’intérêt.

Finalement, on pourra regretter que la solution amenant à l’aboutissement de l’enquête, glissée à Reinhart par Van Veereten –qui n’a pu échapper à ses réflexes de flic en menant sa propre recherche-, sans que l’auteur ne nous la livre avant la fin du roman, apparaisse pourtant d’évidence au lecteur habitué aux polars bien des pages auparavant...

Au total, malgré l’exceptionnel malheur qui le frappe, Van Veeteren est ici un personnage moins poignant que ses collègues Beck, Wallander ou Erlandur, moins complexe que Erik Winter ou Harry Hole; et ce livre n’a ni l’envergure, ni l’intensité, ni l’ancrage social et critique des romans qui leur sont consacrés. Mais ce Funestes carambolages est quand même un procedural de bonne facture et l’on peut se laisser aller au simple plaisir de ce polar pas mal fichu, plutôt bien tenu et assez agréable à lire.

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commentaires

Oncle Paul 24/05/2011 09:46


Bonjour
Alors un roman à lire en cas de disette, ce qui n'est pas mon cas car j'ai beaucoup de romans en attente.
On te l'a prêté ce livre ? Car tu écris un procédural de bonne tenue. C'est d'un ami donné?
Amitiés


One More Blog in the Ghetto 25/05/2011 07:03



Hello facétieux tonton !


Non, Ce n'est pas d'un ami (le) don.


Ceci étant, effectivement, ce roman est plaisant mais dispensable. Pourtant, j'avais plutôt aimé les précédents consacrés à ce personnage. Disons qu'il permet, par comparaison, de constater que
tous les auteurs nordiques ne jouent pas dans la même catégorie.


Amitiés.



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