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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 11:53

Hypothermie (Hardskafi – 2007) de Arnaldur Indridason, traduit de l’islandais par Eric Boury.

 

Hypothermie_Arnaldur-Indridason.jpgMaria, une jeune professeur, est retrouvée pendue dans son chalet près d’un lac par son amie Karen. Les constatations de la police concluent au suicide. Mais Karen ne conçoit pas qu’une telle chose ait été possible de la part de son amie. Contactant Erlendur, elle parvient l’intriguer au point que celui-ci, sans en référer à quiconque, se met à enquêter sur le passé et sur l'entourage familial de Maria. Parallèlement, un vieil homme, dont le fils a disparu depuis des dizaines d’années et qui venait périodiquement rencontrer Erlendur depuis lors, annonce au commissaire que, se sentant proche de la mort, il s’agit-là de sa dernière visite. Toujours de sa propre initiative, Erlendur décide de rouvrir une dernière fois à ce dossier, ainsi que celui d’une jeune fille qui avait également disparu peu de temps après le jeune homme.

 

Dans ce sixième roman consacré aux enquêtes du commissaire Erlendur, le premier aspect frappant est que celui-ci se détache totalement de tout contexte officiel. Il mène des investigations sur des dossiers clos, de son propre chef, seul (ses deux adjoints Sigurdur Oli et Elinborg sont pratiquement absents du roman). Et  il paraît animé par un désir de compréhension des évènements et de découverte de la vérité plutôt que par la moindre intention d’être l’instrument d’une justice légale.

Mouvement inverse à cet éloignement, Erlendur se rapproche de sa propre famille –que pourrait symboliser l’apparition, pour la première fois dans la série, de son ex-femme, même si leurs retrouvailles sont un échec-, et plus spécifiquement de sa fille auprès de qui il évoquera ses propres parents, mais surtout à qui il parlera longuement la disparition de son propre frère au cours de leur enfance, lorsqu’ils furent tous deux pris dans une tempête de neige dont seul Erlendur réchappa tandis que le corps de son frère ne fut jamais retrouvé.

De fait, l’obsession d’Erlendur sur le mystère de cette disparition se fait plus prégnante dans ce livre que dans les précédents, et comme une nécessité de s’y confronter et d’enfin commencer à s’en ouvrir/commencer à partager ce fardeau, se fait plus évidente. Le lecteur saisit alors que dans ce roman, plus encore que de vouloir résoudre des enquêtes, Erlandur poursuit à travers elles, au fond de lui-même, sa propre quête. Souvent confronté précédemment aux fantômes issus du passé sombre de l’Islande, cette fois-ci, à travers une "véritable" histoire de revenants, Erlendur semble plus encore qu’auparavant devoir faire face à sa propre hantise. Ainsi, dans le passage où Erlendur rend une ultime visite au vieil homme sur son lit de mort pour lui faire part de la résolution de l’énigme de la disparition de son fils, comment ne pas entendre dans la teneur des paroles d’Erlendur ce qu’il voudrait pouvoir se dire à lui-même au sujet de la disparition de son frère?

Dans ce roman sur l'impossibilité de faire son deuil, à l’ambiance entre chien et loup, ponctué par les descriptions d’une nature sauvage islandaise mêlant grande beauté et soudaine dangerosité, l’intrigue policière proprement dite, bien qu’agréable à suivre, ne passionne pas totalement le lecteur et la construction de la trame pour aboutir à une solution reposant sur une relative coïncidence peut laisser quelque peu sceptique. En revanche, le personnage d’Erlendur, solitaire introspectif hanté par le passé, est toujours –voire de plus en plus- attachant, et finalement, c’est essentiellement à propos de son histoire familiale passée et présente que le lecteur s’émouvra.

Au total, moins saisissant que L’homme du lac, La voix et surtout La femme en vert, exempt ou presque, à l'inverse de Hiver arctique, de tout questionnement d’ordre social, si ce roman n’est pas celui conseillé au novice qui voudrait découvrir les enquêtes du personnage d’Indridason, il reste malgré tout indispensable à tout lecteur qui s’est attaché au cours des ans à la figure douloureuse du commissaire Erlendur. Peut-être un roman de transition?

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commentaires

cynic63 21/10/2010 10:34


Il s'agit, en effet, d'un roman de transition (enfin, tout semble le montrer: le recentrage sur le présent de la famille d'Erlendur, la résolution du mystère de cette disparition très ancienne
irrésolue,etc...). A priori, le prochain volume devrait paraître en début d'année prochaine. On pourra donc vérifier si on change de cycle


One More Blog in the Ghetto 22/10/2010 08:04



Effectivement, cela semble se confirmer si on en croit ce que dit Kusner sur Pol'Art noir: le prochain Indridason (La rivière noire) se déroulerait sans Erlendur, une enquête menée par ses
collaborateurs. A suivre...



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