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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 10:11

Joy Division (2009), film-documentaire de Grant Gee

 

Joy Division Grant GeeD’emblée, ce film qui retrace la carrière météorique (4 ans d’existence et deux albums studio sous le nom de Joy Division) et pourtant durablement marquante du groupe, le resitue dans son environnement originel: le Manchester de la fin des années 70, c’est-à-dire une ville du nord de l’Angleterre, en pleine désindustrialisation, avec des quartiers misérables qui semblent encore appartenir à la fin du XIXème siècle, des rues où s’alignent des petites maisons toutes semblables accolées les unes aux autres, des terrains vagues, des ruelles sordides où jouent des enfants, une cité couleur gris-usine (Bernard Sumner avoue ainsi n’avoir jamais vu un arbre avant l’âge de 9 ans!). Et la très bonne idée du réalisateur, associer à ces images les premiers morceaux de ce qui deviendra Joy Division, apparaît alors comme une évidence. Oui, c’est de là que vient la musique de Joy Division et c’est de cela qu’elle parle: la douleur/cri de l’individu sur fond de noirceur industrielle.

Le documentaire est ensuite plus traditionnel dans sa forme, alternant interviews actuelles des acteurs de l’époque et images d’archives. Bien sur, au premier rang de ceux racontant Joy Division, on trouve Bernard Sumner, Peter Hook et Stephen Morris, mais aussi Peter Saville, Pete Shelley, Tony Wilson..., multiples mais brèves interventions mêlant anecdotes, analyses et ressentis émotionnels. A mettre en avant celle assez émouvante d’Annick Honoré, qui fut la compagne "non officielle" de Ian Curtis (Déborah, la femme officielle de Ian Curtis n’apparaît pas dans ce documentaire, on n’y lira d'elle que quelques propos retranscrits).

Les images d’archives, parfois inédites, sont elles captivantes. Elles donnent notamment bien sûr à voir le groupe sur scène et donc, surtout, Ian Curtis ; Ian Curtis dont la gestuelle épileptique, la voix ténébreuse, le visage douloureux ne peuvent que fasciner, reléguant ces trois comparses à l’arrière-plan. Et il y a ainsi un moment de gros plan sur ses yeux clairs paraissant déjà regarder l’au-delà qui provoque un réel frisson.

Car, au-delà de l’histoire du groupe, du rôle prépondérant de Martin Hannett dans le son de JD, de la création de Factory, etc..., petit à petit, le film s’attache de plus en plus à la figure prépondérante de Ian Curtis. Et l’on réalise que le chanteur était bien vite en décalage par rapport aux trois autres membres du groupe: alors que ceux-ci laissent parfois sous-entendre qu’ils auraient pu se laisser tenter par quelque chose de l’ordre du poncif "sexe, drugs and rock’n’roll" -particulièrement Peter Hook- (se qualifiant lui-même de petit con d’une vingtaine d’années), Ian Curtis, lui, semble vite à part, jeune homme marié à 19 ans, père d’un enfant, travailleur social impliqué, personnalité "néo-schizophrène"(?) (Sumner évoquant un moment "deux" Ian Curtis aux comportements bien différents), tiraillé entre deux amours, physiquement malade (épilepsie, effectivement). Et quand il parviendra à mettre fin à ses jours, Sumner avouera n’avoir jamais prêté attention aux textes de Curtis!

Le documentaire nous dit finalement que la musique de Joy Division –le plus important, ce qui reste encore aujourd’hui- a été ce qui a placé Manchester dans le monde rock. Sans doute. En tout cas, après la vision de ce très bon film, on n’a qu’une seule envie : aller chercher dans sa discothèque son vieux vinyl de Closer pour le remettre sur la platine.

 

 

Evidemment, on complètera avec bonheur la vision de ce documentaire par celle du biopic Control réalisé par Anton Corbijn .

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