The chaser (Chugyeogia - 2008) de Na Hong-jin, avec Kim Yoon-seok, Ha Hung-woo, Seo Young.
Joong-ho, viré de la police de Séoul pour corruption, dirige désormais un petit réseau de prostitution. Un
soir, un client l’appelant pour une fille, il lui envoie Mi-jin. Mais ensuite, il s’aperçoit que les derniers chiffres du numéro de mobile de ce client identifient quelqu’un à qui il avait déjà
fourni deux filles auparavant et qui toutes deux ont disparu depuis. Persuadé alors qu’on lui "vole" ses filles, il rappelle Mi-jin pour connaître le lieu de rendez-vous que lui a fixé le client
et lui demande de lui envoyer un SMS avec l’adresse de celui-ci lorsqu’elle sera sur place. Mi-jin retrouve le client dans une petite rue discrète, un jeune homme qui la conduit ensuite chez lui.
Là, prétextant un besoin naturelle, elle s’enferme dans la salle de bains et cherche à joindre Joong-ho, mais le réseau ne passe pas. Ce dernier, arrivant à l’endroit du rendez-vous, tombe sur la
voiture de Mi-jin et, retrouvant ses réflexes de flic, commence à explorer le quartier à sa recherche. Pendant ce temps, Mi-jin est seule avec le jeune homme qui s’avère être un tueur
psychopathe.
Un (ex-)flic en chasse d’un serial killer qu’il doit mettre hors d’état de nuire à temps avant que celui-ci ne massacre une jeune femme: voilà bien le synopsis d’une histoire déjà vue (ou lue) au bas mot six mille huit cent quarante-sept fois, non!? Et bien non, effectivement! Car sur la base de cette trame éculée, The chaser, s’il ne renouvelle pas le genre, le revitalise cependant, jouant avec ses conventions (hollywoodiennes), les pervertissant, les retournant, et parvient, dans ce cadre codifié, à être un film inattendu, surprenant.
Surprenant d’abord par la mécanique de son scénario: la traque "haletante" du tueur à laquelle on pourrait s’attendre au vu de son
titre s’achève très vite; à peine un petit tiers du film écoulé que déjà Joong-ho l’a attrapé -suite à une coïncidence vraiment accidentelle- et
tous deux sont au poste de police pour interrogatoire. Mais à
partir de là, de malentendus en maladresses et comportements imprévus des différents protagonistes, Na Hong-jin va relancer son film, désarçonner le spectateur par un traitement
inédit de séquences pourtant classiques (l’interrogatoire du psycho killer par un expert psychiatre de la police ou le sort -n’en disons pas plus- de Mi-jin "la jeune fille en
détresse"), et le tenir en haleine durant toute l’heure et demie restante.
Les deux personnages principaux du film échappent aussi aux conventions: Yeong-min, le tueur, est un jeune homme on ne peut plus
normal d’aspect, que rien ne distingue et ne possédant surtout pas cette retorse intelligence supérieure/cliché que masquerait son apparente banalité et à laquelle on a bien trop souvent
droit
ailleurs. A contrario, on aurait
tendance à trouver ce tueur pas très malin, un peu stupide même et agissant plutôt instinctivement. Et lors des scènes, à la brutalité crue, où il est seul avec Mi-jin, pas non plus de sadisme
grandiloquent, et il donne même plus l’impression qu’il s’agit simplement pour lui d’une tâche -presque d’un travail- qu’il doit accomplir. Et n’escomptez pas non plus avoir de ces analyses
psychologisantes -et tellement rassurantes!- faisant découler d’un drame/traumatisme de son enfance les sources de son comportement psychopathique: l’unique interprétation avancée pour expliquer
ses actes meurtriers est même au contraire tellement grossière qu’on serait tenter d’y voir un coup de griffe envers ces experts-profilers aux théories super élaborées dont on nous gave sur tant
d’autres pellicules.
Identiquement, Joong-ho, l’ex-flic devenu proxénète –rien que cela, déjà!-, échappe à l’image du héros stéréotypé et rien en lui ne
suscite a priori la sympathie: il exploite des filles et s’il ne les maltraite probablement pas trop (voire...), il est sans pitié, obligeant par exemple une Mi-jin alitée malade
-qui en retour le désigne sous le nom de "L’ordure"- à "aller au turbin" malgré son état. Il est brutal et méprisant avec son assistant chargé de distribuer ses flyers -assistant que
tout le long du film il appelle "Tête de nœud"- et se laisse volontiers aller à la violence (le tabassage auquel il se livre dans le commissariat démontant qu’il doit être coutumier du fait).
Pas
question ici de cette antipathie de surface du
lassant personnage hollywoodien de "gros-dur-qui-sous-ses-dehors-bourrus-etc". Non, Joong-ho est un salaud ordinaire dont la motivation est juste de récupérer ses filles pour faire tourner son
business.
Cependant, jouant une fois encore avec les conventions, Na Hong-jin va amener Joong-ho à prendre en charge la fille de Mi-jin; et, sans -trop- insister sur des images à même de susciter des émotions faciles, révéler l’humanité de son personnage. Mais une humanité triviale, quasi instinctuelle, de celle inscrite dans les gènes de l’espèce. Partant, la course de Joong-ho pour sauver Mi-jin prendra une autre tournure, une autre valeur et le réalisateur réussira à nous faire adhérer à ce héros méprisable. Et, au fur et à mesure que se déroulera sa chasse dans les ruelles de Séoul, s’imposera le fait que ce n’est plus pour retrouver sa "propriété" que celui-ci se démène, mais qu’il court en réalité après sa propre rédemption: la bête que traque l’ex-flic pourri, c’est lui-même.
Au-delà du seul personnage de Joong-ho, Na Hong-jin dépeint aussi un tableau déplorable de la police. Les anciens
collègues de Joong-ho sont d’une compétence médiocre, corrompus, violents et justifiant volontiers les moyens par la fin: ainsi l’attitude de tout le commissariat lors du tabassage de Yeong-min
par Joong-ho ou ce gradé s’adressant à ses hommes: "On n’a pas de mandat alors d’ici midi, je veux des preuves quitte à en fabriquer, OK ?". Dans le même esprit, en quelques brèves
scènes, Na Hong-jin montrera que cet "art" de l’arrangement avec la légalité monte jusqu’aux politiques pour qui les médias paraissent constituer la
préoccupation principale. C’est donc plus globalement l’image
d’une société sud-coréenne aux institutions minées que renvoie ce film, mais aussi une société déshumanisée, qui réifie les êtres humains, singulièrement les femmes qui ne sont plus qu’objets à
prostituer ou à tuer.
Finalement, en plus de son contenu, le film de Na Hong-jin s’apprécie aussi pour sa forme: s’agissant pourtant d’un
premier long métrage, il est d’une surprenante maîtrise dans sa réalisation, tant dans les scènes d’action pure -sans recherche du
spectaculaire- ou celles dialoguées, que dans son rythme qui ne
se relâche jamais, et, nous trimballant dans un Séoul nocturne entre avenues où les couleurs flashy des enseignes bavent et dégoulinent sur les trottoirs, et ruelles sombres et glauques
semblant délaissées de la modernité, est d’une remarquable qualité photographique. Quant aux acteurs, au jeu très physique, ils sont tous d’une sobriété qui accentue encore la force de ce
film.
Au final, The chaser est un film audacieux dans l’usage de recettes pourtant éculées, soufflant et essoufflant -éprouvant même par instants-. Plus qu’un banal thriller, il est à l’aune de ce qu’est le cinéma sud-coréen depuis une petite décennie: un cinéma qui paraît jouir d’une liberté, d’une énergie, d’une créativité qui ont désertées de longue date Hollywood.
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Dans une petite ville de province de Corée du Sud, Mija élève seule son
petit-fils adolescent, Wook, et travaille à temps partiel comme aide-ménagère pour un vieil homme riche et hémiplégique. Souffrant de fourmillements dans le bras et de pertes de mémoire, elle se
rend en consultation dans une clinique où un médecin l’enjoint d’aller faire des examens plus approfondis à Séoul (où, plus tard dans le film, lui sera diagnostiqué un Alzheimer). Au sortir
de la clinique, elle assiste à la crise d’une femme en état de choc d’avoir perdu sa fille, une adolescente qui s’est suicidée en se jetant d’un pont dans le fleuve qui traverse la ville. De
retour chez elle, Mija s’inscrit à un cours de poésie. Dinant ensuite avec son petit-fils, elle évoque la mort de la jeune fille qui était dans le même collège que lui; celui-ci déclare savoir à
peine de qui il s’agit. A quelque temps de là, un inconnu aborde Mija et lui fait rencontrer un groupe d’hommes: ce sont les pères de cinq collégiens qui, avec Wook, ont pendant six mois
régulièrement violé la jeune fille qui s’est donnée la mort. Le collège et la police étant prêts à étouffer le scandale, les parents envisagent un dédommagement financier pour la mère de la jeune
fille et demande à Mija sa participation.
