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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 11:20

True grit (id – 2010), de Joel & Ethan Coen, avec Hailee Steinfeld, Jeff Bridges, Matt Damon, Josh Brolin, Barry Pepper. Tiré du roman de Charles Portis (True grit - 1968).

 

True-grit_Ethan---Joel-Coen.jpegFort Smith, Arkansas, fin des années 1870. Mattie Ross, une adolescente de 14 ans, débarque du train en compagnie d’un employé de la ferme familiale pour récupérer le cadavre de son père, abattu par un homme qu’il avait embauché, Tom Chaney. Elle charge le serviteur de ramener le corps à la ferme, elle restant en ville, fermement décidée à y engager quelqu’un pour traquer l’assassin de son père et le livrer à la justice. Son choix se porte sur un vieux marshal borgne adepte de la bouteille mais qui lui semble posséder le cran nécessaire (the true grit) et aux méthodes plutôt expéditives pour rendre la justice. D’abord réticent, celui-ci, Reuben "Rooster" Cogburn, finit, pour 100 dollars, par se laisser convaincre. Mais se manifeste alors le Texas Ranger LaBoeuf, lui aussi sur les traces de Chaney, depuis des mois, pour le meurtre d’un sénateur au Texas. La récompense pour ramener Chaney au Texas étant plus élevée, c’est avec LaBoeuf que Cogburn part en chasse. Cependant, la détermination de Mattie à voir Chaney condamné pour l’assassinat de son père est telle qu’elle rejoint les deux hommes en chemin. Elle parvient alors à retourner Cogburn à sa cause et réussit de plus à le persuader de mener la traque avec eux. Le trio s’aventure alors en territoire indien où Chaney s’est joint à la bande de "Lucky" Ned Pepper.

 

Ah, bon sang de bonsoir, un western! Un bon vieux western!! Revoir un western au cinéma! Et lorsqu’à cette déjà réjouissante idée s’ajoute le fait que les frères Coen en sont les maîtres d’oeuvre, l’enthousiasme suscité par cette perspective grimpe encore de quelques degrés. Alors vite, direction la salle de ciné la plus proche! Et après une heure cinquante à se balader dans les paysages de l’Arkansas, au sortir de la salle... la promesse n’a pas été déçue! True grit est effectivement un bon vieux western; et un très bon film des frères Coen.

Ah, le western! Le western, c’est le cinoche! C’est, à l’instar de cet autre genre cinématographique -lui aussi moribond aujourd’hui- qu’est le film de pirates (et que l’on ne vienne pas me parler de cet ersatz qu’est la licence Pirates de Caraïbes), l’Aventure. C’est le cinéma qui réveille le gamin intrépide mis en sommeil au fond de nous; c’est un cinéma où l’on respire, où l’horizon en cinémascope n’a pas de limite, où l’on va de l’avant pour tracer une route inédite à travers des espaces quasi vierges, des contrées ignorées où tout peut survenir; c’est le mouvement. C’est le cinoche!

De nos jours, malheureusement, le genre ne fait plus guère recette. Oh, Hollywood continue bien, bon an (le plutôt intéressant Appaloosa de Ed Harris – 2008), mal an (le médiocre remake de 3h10 pour Yuma de James Mangold - 2007) de produire au compte-goutte des westerns; rien toutefois d’aussi jouissif que ce True grit à se mettre sous les yeux depuis des années, depuis... Impitoyable (Unforgiven – 1992!) de Clint Eastwood.

Ne nous leurrons cependant pas, il s’agit plus que probablement de la part des frères Coen d’un one shot. Et les frangins ne se sont pas non plus attaqués au genre avec l’ambition de le révolutionner, d’y porter un regard totalement neuf, au contraire de maîtres qui l’ont revivifié tels que Leone, Peckinpah ou Eastwood. Mais nul doute que les frères Coen sont cinéphiles et ont assimilé les oeuvres de leurs prédécesseurs en la matière; car leur film révèle ici ou là des traces des metteurs en scène précités (les trognes des acteurs, un certain cynisme, et bien sûr la démythification des "héros" de l’Ouest –bien cruelle ici dans une des dernières séquences où apparaissent les "légendes" Cole Younger et Franck James), mais aussi -et peut-être surtout- de plus anciens, notamment Anthony Mann. Les frères Coen n’en éprouvent pas pour autant le besoin de faire étalage de leur cinéphilie à coup de clins d’yeux lourdauds et autres références appuyées pour flatter le narcissisme de quelques happy fews  (n’est-ce pas, Quentin?). Ils ont intégré les oeuvres du passé, les ont digérées et, se situant dans cette continuité, ils usent de ce matériau pour créer quelque chose qui leur soit propre; car ce western (et quand bien même il s’agit d’un remake), c’est d’abord un film des frères Coen.

A y réfléchir un instant, il n’est pas si surprenant que les frères Coen aient fait un western: tant, d’une part, leur filmographie recèle déjà de nombreuses relectures de genres cinématographiques très codifiés (le polar noir, la comédie...), et, d’autre part, nombre de leurs films sont des voyages dans le passé (les années 30 avec O’brother, les années 50 avec The barber, les années 70 avec A serious man pour n’en citer que quelques uns); et ce, le plus souvent, dans leur "tranche" d’Amérique qui s’étend du Minesota au Texas. Alors pourquoi pas l’Arkansas dans les années 1870?

La Coen’s touch, elle est dans le regard juste un brin distancié qu’ils ont, dans leur petit sourire malicieux un rien ironique de gamins trop malins; un très léger recul qui ne les empêche pourtant nullement de respecter le genre, de se garder de toute parodie ou caricature et ainsi de permettre au spectateur de plonger pleinement dans leur film; parce que si les frangins s’amusent avec le cinéma, ils le font sans arrogance. Mais leur "patte" se retrouve dans le portrait de personnages "limites", dans leur art des dialogues (voir la géniale séquence de Mattie face au vendeur de chevaux –nous y reviendrons-, les échanges "régionalistes" doux-amers entre Cogburn et LaBoeuf ou cette réplique mémorable lorsque Mattie et Cogburn tendent un guet-apens à la bande de Ned Pepper; Mattie à Cogburn: "Vous allez lui tirer dans le dos ?Oui. Comme ça, ils comprendront que nous sommes sérieux.") et dans tous ces réjouissants détails comme un running gag –le roulage de la cigarette de Cogburn- qui tourne court, un pseudo gag, durant la scène de pendaison, révélateur en réalité du traitement infligé aux indiens, ou celui montrant "l’égard" à l’intention des enfants d’origine mexicaine. Cette notion de distance se concrétise d’ailleurs dans plusieurs scènes qui leur permettent aussi de jouer avec une forme de suspense: un éloignement physique qui peut empêcher de percevoir dans le détail ce qui est en train de se passer (l’étonnante séquence de la confrontation nocturne entre LaBoeuf et la bande de Ned Pepper, filmée de loin, du seul point de vue de Cogburn et Mattie) ou occasionner un bref décalage temporel (le tir, à quatre cents mètres de distance, de LaBoeuf, dont on attend durant quelques secondes le résultat).

Pour ce qui est de la trame générale de ce film, quasi archétypale, elle est celle d’un parcours initiatique. C’est l’histoire d’une adolescente (tout le film est en réalité un immense flash-back raconté par Mattie) qui, à l’issue d’un voyage géographique dans l’inconnu (donc intérieur) va entrer dans le monde adulte; un voyage fait donc de découvertes et rencontres incongrues dans les bois (on pense un peu par moments au Jeremiah Johnson de Sydney Pollack - 1972) qu’effectue une Alice aux pays des cow-boys (le film basculera d’ailleurs vers sa fin dans une mise en scène à l’onirisme de conte). Mattie, en compagnie d’un père de substitution (voir, à la fin du film, la dernière image -si l’on peut dire- de Cogburn, exacte réplique de l’ultime image du père de Mattie en début de film) fera son apprentissage de l’autonomie ("le coup de la corde" pour se prémunir des serpents), mais en paiera le prix.

Pour tenir le rôle omniprésent de Mattie,True grit 3 Ethan & Joel Coen les frères Coen ont dégotté une incroyable gamine de quatorze ans, Hailee Steinfeld. Durant toute la première demi-heure du film, cette jeune inconnue bouffe littéralement l’écran avec son personnage d’adolescente hyper-déterminée, futée, entêtée, intelligente, redoutable contradictrice (voir donc cette géniale séquence –hautement jubilatoire pour le spectateur- de sa confrontation avec le vendeur de chevaux, négociation menée pied à pied mise en scène en une suite de champs/contre-champs qui donnent le sentiment d’un match où l’on se rend coup pour coup, mais où le marchand, assis à son bureau, est filmé en plongée tandis que Mattie, debout devant lui, bénéficie d’une contre-plongée nous signifiant d’office son ascendant, sa force mentale). Avec cette scène, on aura compris que Mattie ne renonce jamais.

Le vieux marshal Cogburn, c’est Jeff Bridges. Impeccable comme toujours, ici dans un personnage au bord de la caricature (il lui aurait été facile, avec un tel rôle, de se laisser aller au cabotinage), un personnage de vieux poivrot au bord du ridicule (voir sa peu glorieuse première apparition/non apparition...) qui nous est d’abord montré dans une situation où il est mis à mal (le procès) mais où justement son cran (son aplomb?) convaincra Mattie qu’il est l’homme qu’il lui faut, (à raison, voir la scène –attendue- de sa charge finale); une sorte de Long John Silver du Far West qui se révèlera/s’élèvera tout au long du film.

Le dernier membre du trio enfin, c’est un Matt Damon qui paraît étoffer ici sa palette d’acteur avec ce rôle tout en retenue physique de Texas Ranger engoncé dans sa tenue comme dans sa morale de sudiste.

True-grit-2_Ethan---Joel-Coen.jpgPour finir, il convient de revenir une dernière fois sur les dialogues du film: on ne saurait trop recommander –comme si besoin était!- de voir ce film en version originale pour pouvoir goûter pleinement au plaisir des voix aux forts accents et à ces tournures de phrases parfois drolatiquement surannées (le croque-mort).

Au final, ce n’est pas un western qui va bouleverser le genre; sans doute pas non plus le meilleur film des frères Coen. Mais c’est un excellent film des frères Coen; et en plus... c’est un western...

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 09:36

L’élite de Brooklyn (Brooklyn’s finest – 2010), un film de Antoine Fuqua, avec Richard Gere, Ethan Hawke, Don Chaedle, Wesley Snipes.

 

L-elite-de-Brooklyn_Antoine-Fuqua.jpegLe film suit trois flics travaillant dans le même district particulièrement violent de Brooklyn: Eddie, un patrouilleur en uniforme à une semaine de la retraite, se voit charger de former les bleus nouvellement incorporés. Il a fait une carrière plutôt minable, sans à-coups ni fait de gloire, encaissant sans broncher; cet introverti peu apprécié de ses collègues vit seul et a des tendances suicidaires. Sal fait partie de la brigade des stups et enchaîne les interventions dans les planques des dealers. Catholique d’origine italienne trimbalant avec lui sa culpabilité, il cherche désespérément du fric pour acheter une maison et quitter le logement minable et insalubre qu’il occupe avec ses trois enfants et sa femme enceinte de jumeaux. Clarence/Tango est un agent infiltré depuis plusieurs années parmi les trafiquants de drogue qui a dû tirer un trait sur sa vie passée, dont la femme, avec qui il n’a plus aucun contact de longue date, demande le divorce, et qui commence à ne plus savoir qui il est ni vers qui doit aller sa loyauté. Tous les trois sont au bord de l’explosion...

 

Derrière un titre peu engageant –et en réalité ironique- se cache un vrai petit bijou de noirceur: on va partager sur quelques jours la vie de trois flics déboussolés, coincés dans leurs contradictions, piégés dans des situations qu’ils ne peuvent plus supporter et dont ils ne savent pas comment s’en sortir; trois flics au bord du gouffre dans un monde où la tension dans les rapports humains est permanente et où la violence peut surgir à tout instant.

La mise en scène de Fuqua, par son montage alterné qui suit en parallèle les trois personnages –qui ne se rencontreront pratiquement jamais-, rend bien cet état de tension, de façon parfois assez maligne (ainsi cette séquence où l’on suit en même temps Eddie intervenant dans un conflit dans une boutique, Sal en pleine descente dans un repère de dealers et Tango confronté à l’exécution d’une balance). En fait, ce film, par son réalisme cru et sa violence sans spectaculaire, semble devoir pas mal aux récentes séries TV, en particulier à The Wire de David Simon (et pas seulement du fait de la présence de Michael Kenneth Williams/Omar au générique).

A noter enfin une séquence finale qui, sur quelques aspects, pourra évoquer un peu la fin du Taxi Driver de Scorsese.

Au total, une réalisation de qualité, une ambiance bien sombre, des acteurs solides à l’interprétation crédible (petit coup de chapeau à Richard Gere), un scénario bien fichu: une bonne surprise pour qui voudrait se plonger deux heures durant dans un vrai bon polar noir.

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 09:52

  Les chèvres du Pentagone (The men who stare at goats - 2009), film de Grant Heslov, avec George Clooney, Jeff Bridges, Ian Mac Gregor, Kevin Spacey

les chevres du pentagone grant heslov

Suite à des déboires conjugaux, Bob Wilson, un journaliste américain, se retrouve en pleine guerre d’Irak pour raconter l'histoire (et en rencontrer les membres) d'une unité spéciale de l'armée américaine faite de jedis aux pouvoirs paranormaux.

 

 


Il n’est pas question ici d'un chef d'œuvre de l'histoire du cinéma, mais d'une comédie enjouée avec quelques séquences pas loin de l'anthologique. Le casting est impeccable: Clooney joue le rôle d'un allumé profond qui raconte les trucs les plus déjantés qui soient avec un sérieux incroyable, Mac Gregor est ok (sans plus, comme souvent), Spacey un bien bel arriviste (du point de vue militaire) et on notera Stephen Lang dans un second rôle et qui n'a pas changé de costume depuis "Avatar". Et puis il y a Jeff Bridges !!! Rien que pour lui, ce -petit- film vaut le coup: il faut l'avoir vu en instructeur militaire hippy new age totalement halluciné !!! (Quand on se penchera sérieusement sur la carrière de ce type...).

Le film ridiculise à plaisir l'armée américaine (et aussi, dans une séquence réjouissante, les hommes d'affaires venus se faire un max de blé en Irak). La mise en abyme qui voit Mac Grégor (acteur de Star Wars) face au Jedi Clooney fait sourire. La scène finale dans le camp militaire quelque peu perturbé est quasiment farce (et on en pleurerait presque d'émotion de voir Clooney libérer les chèvres..). Bref, malgré une réalisation assez quelconque, voir l'armée américaine moquée pendant 1 heure 30: jubilatoire.

 

Les chèvres du Pentagone sur l'IMDb (en anglais)


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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 14:24

Mary et Max (Mary and Max – 2009), film d’animation réalisé par Adam Elliot.

mary-et-max-adam-elliott.jpgL’histoire est celle d’une amitié, via un échange de courriers s’étalant sur des années, entre une petite fille laide et dépressive de 8 ans habitant  en Australie et un homme mûr, juif new-yorkais obèse et légèrement déficient mental.

 

 

 


Un film d’animation australien en pâte à modeler, a priori, pas sûr que cela fasse envie à grand monde ; d’autant que le script n’est guère plus incitatif. Et pourtant !

Voilà  un film touchant, émouvant, poignant, qui a cependant l’élégance de rester tout le long sur un ton à l’humour ironique, sans jamais s’appesantir. Max et Mary sont "différents", souffrent chacun de troubles psychologiques, mais la narration réussit à être toujours drôle sans jamais être railleuse envers les deux protagonistes principaux. Cette chronique d’une amitié trans-océanique raconte la souffrance de deux solitudes et pourtant fait sourire en permanence.

La qualité de l’animation –à l’ancienne !- est superbe, la réalisation est sans cesse inventive et les rondeurs des décors et des personnages renforcent l’apparente drôlerie et masquent la gravité du propos de fond.

Le cœur d’artichaut que je suis s’est même vu à la limite de verser sa petite larme à la fin. Une bonne occasion pour chacun de s’émouvoir en voyant autre chose.

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