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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 13:12

Cleveland contre Wall Street (2010), un film de Jean-Stéphane Bron.

 

Cleveland-contre-Wall-Street_Jean-Stephane-Bron.jpgA Cleveland, la crise des subprimes entraîne en quelques années l’expropriation de 20 000 foyers. A la suite d’actions de protestation organisées par des citoyens des quartiers les plus touchés, la ville de Cleveland engage un avocat chargé d’assigner en justice vingt-et-une grandes banques de Wall Street afin d’établir leur responsabilité dans ces saisies immobilières. Les banques s’opposent à cette procédure et sont parvenues, jusqu’à présent, à empêcher la tenue d’un procès. Avec la collaboration des autorités et des habitants de Cleveland, le réalisateur Jean-Stéphane Bron organise et filme en direct ce procès qui n’aura sans doute jamais lieu, mettant en scène les protagonistes réels de cette affaire.

 

Le premier élément frappant de ce film, et que l’on gardera à l’esprit tout au long de son déroulement, est son statut tout à fait particulier: ce n’est ni une œuvre de fiction –aucun des intervenants du procès n’est fictif, tous sont eux-mêmes-, ni un documentaire –c’est un procès "virtuel"-, tout en étant les deux à la fois.

Ce statut particulier place le spectateur dans une position inédite: atterré moralement  par la réalité –documentaire- des situations décrites (témoignages dramatiques d’expulsés, plans intercalés dans le cours du procès de quartiers laissés à l’abandon), mais aussi fasciné intellectuellement par un dispositif dramaturgique toujours efficace (les films de procès) à l’issue incertaine et où chacun tient son rôle (et à ce jeu-là, force est de reconnaître le talent de l’avocat défendant les banques).

Mais ce film est surtout édifiant, et ce à plus d’un titre: à travers la succession des témoins appelés à la barre qui constitue comme une remontée vers "le haut du système", on passera du constat bouleversant de la situation de ceux qui perdent leur foyer aux différentes étapes du processus ayant entraîné cette situation, à travers notamment les témoignages d’un démarcheur (un ex-dealer !!) chargé par des agences de placer de nouveaux crédits, du créateur d’un logiciel grâce auquel les banques ont pu mettre au point les subprimes et la titrisation (notions que le film permet par ailleurs à un novice en matière économique tel que moi de mieux appréhender), jusqu’à un ex-conseiller de R. Reagan apôtre de l’ultralibéralisme; édifiant aussi sur le mode de pensée américain légitimant cet enchaînement (avec notamment la justification/déresponsabilisation, à chaque étape du mécanisme, par un "il n’y a rien de mal à vouloir gagner de l’argent" qu’on aurait presque envie de traduire par "tout ce qui compte c’est de gagner de l’argent"); édifiant enfin par le sentiment qu’on en retire finalement d’être confronté à une énorme machinerie économique dont les êtres humains qui y participent ne sont –et ne se considèrent eux-mêmes comme pas plus- que des rouages au fonctionnement quasi mécanique, machinerie entièrement légale mais d’où a disparu tout sens moral.

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