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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 10:46

Le roi des Juifs (King of the Jews – 2005), de Nick Tosches, traduit de l’anglais (américain) par François Lasquin, Editions Albin Michel 2006 (Le Livre de Poche 2009).

 

Le-roi-des-Juifs_Nick-Tosches.jpgCe livre est –censément- une biographie du gangster  Arnold Rothstein qui connut son heure de gloire dans les années 1920. Il a été l’un des principaux financiers de la pègre new-yorkaise (notamment du trafic d’héroïne), intermédiaire –largement commissionné- entre des politiciens et le milieu maffieux, possesseur de luxueuses maisons de jeux, de haras, réalisant de juteuses opérations de courtages illégales, joueur de haut vol et mentor de  Lucky Luciano ou de  Meyer Lanski. Il fut assassiné par balle en 1928 –sans que son assassin ne soit jamais identifié- dans un hôtel de luxe après une partie de poker, à l’âge de 46 ans.

 

Nick Tosches est d’une érudition incroyable. En tout cas, il ne rechigne pas (euphémisme!) à en faire étalage dans ce livre, à tel point que le pauvre lecteur est rapidement noyé sous le flot torrentiel de ce savoir.

Pourtant, dans cet océan de connaissances qui nous submerge, bien peu finalement a trait directement à Arnold Rothstein . Car avant d’en arriver enfin à lui -que l’on croyait bêtement être le sujet du bouquin-, il nous faudra d’abord "se farcir" des dizaines et des dizaines de pages traitant de l’Ancien Testament, de linguistique "antique", des mouvements de populations juives de l’Allemagne vers l’Ukraine au XIXe siècle, de l’immigration/intégration juive à New York au tournant du XXe siècle, de l’évolution de l’urbanisation du Lower East Side, de l’historique relations entre politiciens et pègre, auxquelles s’ajouteront les biographies plus ou moins succinctes de centaines de personnages, et bien d’autres choses encore dont le lien avec Arnold Rothstein n’est pas –pour le moins- d’une évidence immédiate, le tout débordant de références bibliographiques et agrémenté des réflexions de l’auteur sur l’ancien maire de New York Giuliani, la guerre en Irak, les récentes interdictions de fumer et autres digressions. Ouf ! Oh, tout n’est pas inintéressant, on y grappille même des choses enrichissantes pour sa culture personnelle, mais où est Arnold dans tout ça ?

Et bien Arnold, même si auparavant on aura pu entrevoir sa silhouette à travers quelques courts chapitres donnant à lire le rapport du médecin légiste ayant examiné son cadavre, la reproduction d’articles de journaux ou certaines des minutes du procès en contestation de son testament, Arnold ne naît qu’à la page... 283 (sur 474 dans l’édition de poche) !!

Entre-temps, on saura tout aussi de ses origines familiales sur trois générations au moins, de l’organisation des communautés religieuses juives de New York au début du XXe siècle et de la biographie de son père.

Et puis, à peine né, Arnold disparaît à nouveau! Avant de revenir à lui, Tosches va consacrer encore quelques dizaines de pages aux portraits et exploits de diverses figures de la pègre locale d’alors, "tuteurs" d’Arnold Rothstein.

Enfin, enfin ! Lorsque Tosches nous parlera effectivement d’Arnold Rothstein, ce sera finalement pour nous en apprendre... pas grand’chose. Pourquoi si peu sur la vie d’Arnold Rothstein? Même quand Tosches rend compte du  retentissant procès sur le trucage du championnat de baseball dans lequel Rothstein fut impliqué et fit les gros titres de la presse, ce dernier, pourtant accusé au premier chef, ne semble y être qu’un personnage secondaire. Peut-être manquant de sources historiques qu'il  considère fiables sur son "héros", (à plusieurs reprises, s’en prenant à d’autres historiens, il nous délivrera son mantra leitmotiv: "Un mensonge suffisamment répété devient l’Histoire"), Tosches veut-il ne rien prendre pour argent comptant et il s’en tient à ce qu’il a pu valider? Ok. Mais alors, même si ce sont des données sûres, est-ce bien instructif de nous donner à lire les résultats de courses dans lesquels Arnold avait un cheval engagé ?

Ajoutons encore que soudain, entre deux chapitres, Nick Tosches livre de façon assez incongrue quelques éléments de sa vie personnelle dont l’intérêt est plus qu’incertain.

Déjà dans son précédent roman, le pourtant très bon "La main de Dante", Tosches partait par moments sur quelques sentiers de traverse nous éloignant un peu trop de la route principale. Avec ce "Roi des Juifs", plus de route! Il nous largue au cœur d’une jungle d’histoires, de détails, de références, de considérations bien trop touffue pour que le lecteur puisse y trouver son chemin; et nous fait craindre que l’auteur ne soit atteint d’une hypertrophie cérébrale (autrement appelé syndrome de "l’enflage de chou".)

Laissez tomber ce "Roi des Juifs" et précipitez-vous plutôt sur les –excellentes pour le coup- biographies que Nick Tosches a consacrées à Dean Martin ("Dino") ou Sonny Liston ("Night train") ou sur ses très très bons polars que sont "La religion des ratés" ou "Trinités".

 

A noter que le personnage de Arnold Rothstein apparaît, dans un rôle secondaire, dans la série TV produite par Martin Scorsese "Boardwalk Empire" (avec le génial Steve Buscemi dans le rôle principal).

 

Un point de vue plus favorable à ce livre chez Claude LE NOCHER derrière ce lien.

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