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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 15:53

   Mammuth (2009) de Beboît Delépine & Gustave Kervern


http://a6.idata.over-blog.com/2/04/62/62/Photothek-C/Ectac.Mammuth-Film-de-Kervern---Delepine.03.jpg Serge Pilardos, ouvrier des abattoirs, se retrouve à la retraite. Mais il constate alors qu’il ne possède pas toutes les fiches de paie nécessaires pour pouvoir la toucher plein pot. Poussé par sa femme, il part sur sa vieille moto (une "Mammuth" hypra collector) sillonner les routes de l’ouest de la France à la recherche des employeurs qu’il a eus (et qui ont "oublié" de le déclarer) pour obtenir ces "papelards". De cette quête de son passé professionnel, il glissera doucement vers la recherche de lui-même.

 

Les films de Delépine et Kervern sont tous hautement sympathiques ; celui-là comme les autres. Et ici, comme dans Louise-Michel, ils nous montrent avec amusement et attendrissement –un attendrissement exempt de toute mièvrerie- le monde des prolos et ils constatent sans apitoiement ce qu’un monde libéral fait à et de ces gens qu’on dit "en bas de l’échelle"; et se placent évidemment de leur côté. Tout un discours sur le monde du travail qui peut parfois passer en une simple scène (Le boucher-charcutier du supermarché, les VRP à table dans le restaurant).
Ce road movie nous emmène avec Mammuth à une suite de rencontre plus ou moins farfelues, personnages campés le temps d’une ou deux scènes par la clique des potes de Delépine et Kervern (Dick Annegarn, Benoit Poelvoorde, Siné, Bouli Lamners, Anna Mougladis, Bruno Lochet ...), ponctuées des séquences de Mammuth taillant la route, simples images muettes d’une homme sur sa moto, tignasse cradringue au vent, nous faisant petit à petit ressentir le simple –et sans doute naïf- sentiment de liberté que l’on peut éprouver à parcourir les routes.
Dans le rôle-titre, Depardieu impose sa silhouette massive plus qu’il ne joue ; c’est un quidam plutôt taiseux, pas bien malin ("Parce que t’es con", lui dira le viticulteur Siné) que sa quête finira par amener à enfin pouvoir exprimer ses sentiments.
Yolande Moreau, sa femme dans le film, est une fois de plus parfaite, employée de supermarché qui fait face, qui se débat - et qui nous gratifie de quelques scènes et répliques cultes-. Est-il encore une fois nécessaire de dire que cette actrice est géniale ? Regardez-la juste dans sa dernière scène, au moment du retour de Mammuth tandis qu’elle se rase les aisselles !
Le rôle tenu par Isabelle Adjiani peut sembler a priori en décalage. Mais à la réflexion, c’est elle le moteur (le moteur de la Mammuth ? -sa 1ère apparition coïncidant avec celle de la moto-), la force qui pousse Serge Pilardos à poursuivre sa quête, c’est elle qui nous amène insidieusement à envisager un Mammuth plus profond, plus épais psychologiquement (et tellement enfermé en lui-même) qu’il n’y semblait.
En prime, on pourra ça et là trouver quelques clins d’œil cinématographiques de bon aloi plus ou moins volontaires (le début peut faire penser à La fille aux allumettes de Aki Kaurismaki ; Depardieu sur sa Mammuth rappelle parfois le Nanni Moretti de Caro Diaro ; la séquence avec le cousin semble explicitement évoquer le 1900 de Bernardo Bertolucci).
Le film fait aussi référence aux années 70 (la séquence avec l’autre vieux motard) notamment par l’utilisation d’une pellicule à gros grain (parfois même très gros grain).

Finalement, le film des deux compères est a priori moins directement dénonciateur que Louise-Michel, moins réjouissant qu’Aaltra. Mais il tombe pourtant à pic, en ces temps de discussions sur le mode de financement des retraites, en prenant le contre-pied de la pensée unique prônée par des experts et spécialistes (spécialistes surtout pour se faire reconnaître comme tel par les médias...), économistes et autres technocrates –qui tous n’auront eux jamais aucun problème de retraite !- dont la solution est de nous faire travailler plus longtemps. Delépine et Kervern semblent nous dire que la retraite, c’est peut-être enfin le moment d’essayer de se retrouver soi-même. Autant la prendre le plus tôt possible !

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