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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 08:23

Objets trouvés (Achados e perdidos – 1998), de Luiz Alfredo Garcia-Roza, traduit du portugais (brésilien) par Valérie Lermite et Eliana Machado.

 

objets trouvés_luiz alfredo garcia-rozaRio de Janeiro. Une nuit, un gamin des rues dormant sur un trottoir est tiré de son sommeil par le brouhaha que fait par un homme totalement soûl qu’une femme aide à monter dans une voiture. L’homme perd son portefeuille. La voiture partie, le gamin le ramasse, prend l’argent puis, constatant qu’il s’agit du portefeuille d’un commissaire de police, le remet sur le trottoir. Un passant le ramasse à son tour et le garde. Le gamin décide de suivre discrètement cet individu. Le lendemain matin, l’homme qui a perdu son portefeuille, le commissaire à la retraite Vieira, est réveillé par un appel téléphonique de la police qui lui apprend que sa maîtresse, Magali, la femme qui l’avait aidé la veille au soir et qui est par ailleurs une prostituée, a été retrouvée assassinée chez elle. Vieira n’a plus aucun souvenir de sa soirée, mais c’est pourtant la ceinture de son pantalon qui a servi à attacher Magali avant qu’elle ne soit étouffée avec un sac plastique. Le commissaire Espinoza, chargé de l’enquête, ne croit pas en la culpabilité de Vieira. Tandis que quelqu’un se présentant comme le commissaire Vieira commence à se livrer à du racket dans les boites de nuit, les cadavres s’accumulent autour d’Espinoza.

 

Voilà un polar dont on pouvait espérer mieux. D’abord, compte tenu de son "exotisme" géographique par rapport au plus gros de la production habituelle de ce genre de littérature. Déception : ce roman se passe au Brésil, mais manque singulièrement de "brésilianité". Sans tomber dans le folklore, on aurait quant même aimé par exemple y trouver plus d’éléments sociaux spécifiques, y sentir plus en profondeur la singularité de ce pays. Or, exception faite de la présence de gamins des rues (chose cependant loin d’être particulière au Brésil malheureusement) et des noms évocateurs de quelques quartiers (Copacabana, Ipanema), ce polar aurait quasiment pu se dérouler n’importe où dans le monde.

Autre déception : l’intrigue n’est pas tenue. Si, au début, on peut apprécier l’accumulation des morts incompréhensibles perdant un temps le lecteur, l’auteur ébauche en cours de route ce qui semblent être des pistes... qui ne sont pas suivies et s’arrêtent net sans que l’on ait compris leur utilité (le flic chargé de la surveillance de celui qui a pris le portefeuille, le propriétaire qui n’était pas là où il était censé avoir été). Et in fine, la solution de l’enquête (le responsable de tous ces morts) apparaîtra grâce à une déduction des deux commissaires à la limite du "deus ex machina", explications données sans que l’on ait assisté à une véritable investigation. Et une fois le tueur mis hors d’état de nuire, cut ! Rien, plus un mot sur les commanditaires de ces crimes, comme si les deux flics s’en fichaient ! Quant à la résolution ultime, elle tombe comme un cheveu sur la soupe dans les toutes dernières pages avec une scène proche du caricatural. Et tout ceci sans parler de la romance amoureuse frisant le gnan-gnan qui court durant tout le roman...

Ajoutons encore à propos de la forme que l’auteur multiplie les points de vue, les narrateurs, sans que l’on en saisisse vraiment la nécessité.

Et pourtant, ce polar avait du potentiel: les personnages ne sont pas inintéressants et relativement complexes, avec leurs faiblesses, leur passé parfois lourd.

De plus, on sent qu’il aurait pu prendre de l’ampleur, embrasser un tableau plus large, par exemple en allant au-delà de la simple évocation superficielle de groupes de policiers ripoux ou de la situation des enfants des rues. Mais il n’en fait rien alors que, à l’image du passage suivant, il y avait la possibilité de faire sentir une certaine réalité brésilienne: « (...) Jusqu’à maintenant, ils ont tué ce qu’ils considéraient comme la lie de la société. Ils ont jugé qu’ils faisaient quelque chose de semblable à ce que fait le service de nettoiement urbain. Quant au fait d’éliminer des êtres humains, ils voient ça comme un détail pas trop important et dont on leur demande rarement de rendre compte, sauf lorsque cela devient trop scandaleux et que la presse et l’opinion publique se manifestent. Enfants des rues, mendiants, travestis, pour eux ils ne font pas partie de l’humanité, ils ressemblent autant aux êtres humains qu’une poubelle à un mets servi dans un restaurant. Vous êtes une universitaire, classe moyenne, vous avez un métier. Vous faites partie de ces gens qu’ils ont pour mission de protéger et non d’éliminer. (...) ». Mais ces" ils", à aucun moment on ne les verra et c’est tout juste s’ils seront désignés.

Au final, même si l’on pourra apprécier certains passages (le règlement de compte dans l’ascenseur, qui fait un peu penser à un film de Johnnie To), la déception est grande de voir le mauvais usage de tous ces bons ingrédients ; un polar plein de promesses non tenues.

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