Sugar man (Searching for Sugar man – 2012), film documentaire réalisé par Malik Bendjelloul.
Détroit, fin des sixties. Deux producteurs vont un soir entendre
jouer un inconnu dans un bar. Emballés, ils décident de le produire et en 1970 sort le premier album de Sixto Rodriguez sur le label Sussex, "Cold Fact"; qui est un bide total. Un an plus tard,
un second album voit le jour, "Coming from reality", qui ne marche pas mieux que le précédent. Sussex Records vire alors Rodriguez qui disparaît du monde rock. Quelques années plus tard, en
Afrique du Sud en plein apartheid, isolée et boycottée du reste du monde, "Cold Fact", arrivé là on ne sait trop comment, connaît un énorme succès auprès de la jeunesse afrikaner en rébellion
contre le pouvoir qui trouve dans les textes de Rodriguez une résonance à sa propre lutte. Au milieu des années quatre-vingt-dix, le propriétaire d’une boutique de disques de Cape Town, fan de la
première heure, est chargé de rédiger le booklet pour la réédition en CD des albums de Rodriguez en Afrique du Sud. Mais, hormis des légendes circulant sur un spectaculaire suicide sur scène du
chanteur, personne ne sait rien de lui. A la lecture du booklet, un journaliste rock décide d’enquêter sur le mystère Rodriguez, enquête qui n’aboutit longtemps à rien jusqu’au jour où il
parvient à contacter l’un des producteurs du premier album de l’artiste; qui lui apprend que Sixto Rodriguez vit toujours dans la banlieue de Détroit et y travaille sur des chantiers, et que ni
lui, ni personne ne savait que ses albums s’étaient vendus à des centaines de milliers d’exemplaires en Afrique du Sud. Le contact enfin établi entre Rodriguez et l’Afrique du Sud, celui-ci va
récolter le fruit de sa popularité dans ce pays du bout du monde.
Ce documentaire, bâti classiquement pour l’essentiel à base d’images d’archives, de vidéos amateurs et de témoignages (plus quelques séquences d’animation), et ponctué par les chansons de Rodriguez (des protest folk-pop songs au son évidemment très seventies mais dont la qualité laisse songeur quant à leur insuccès) se décompose grosso modo en deux parties. La première -appelons-la "Le mystère Rodriguez"- raconte une histoire invraisemblable (invraisemblable à nos yeux contemporains habitués à une circulation quasi instantanée de l’information autour du monde): celle d’un musicien dont les œuvres furent des bides monumentaux et qui abandonna la carrière et disparût totalement des radars, et resta des années durant dans la totale ignorance qu’à l’autre bout de la planète, il était une icône rock au succès immense! Cette première partie, après avoir montré l’impact des chansons de Rodriguez sur la jeunesse sud africaine -et aussi, subsidiairement, les ridicules techniques de censure des autorités du régime de l’époque-, est donc celle d’une enquête menée par un journaliste et un disquaire pour savoir ce qu’il est advenu de Rodriguez -notamment comment il est mort-; une enquête faisant feu de tout bois, puisque allant même chercher d’éventuels indices dans les textes du chanteur; une enquête qui, incidemment, dévoile que le flux d’argent généré par ses énormes ventes (estimées à 500 000 exemplaires!) en Afrique du Sud était intercepté bien avant de lui parvenir. Intéressante et étonnante, cette première partie s’achève avec l'aboutissement de leur enquête par un choc pour les deux hommes.
Parvenu à sa moitié, le film expose en
effet ce qu'il en est réellement de Rodriguez: loin d’être mort, il réside toujours dans une baraque minable de la banlieue de Détroit et y est manœuvre sur des chantiers.
Rodriguez retrouvé, ce documentaire révèle alors, à travers des brèves interviews du chanteur lui-même ou les témoignages de ses filles, ce qui en est le cœur: le portrait d’un
homme stupéfiant, d’un type formidable; un type qui, face à une question à propos de la gloire et la fortune dont il a été sevré (pour ne pas dire spolier) et que sa vie aurait pu être tout
autre, embarrassé, sourit modestement, ne trouvant nulle réponse à donner, l'idée de revendiquer -à juste titre- quoi que ce soit ne lui venant même pas; un type n’exprimant aucune amertume,
avouant juste son regret de ne pas avoir pu enregistrer d’autres disques ("J’aurais aimé continuer (à faire des albums). Mais rien ne vaut la vie réelle. Alors je suis retourné au
boulot."); un type qui s’est engagé politiquement dans son coin au côté du monde ouvrier; un diplômé de philosophie qui bossa toute sa vie sur les chantiers mais considéra important de
donner à ses filles l’accès à la culture, celles-ci livrant à la caméra que les terrains de jeux de leur enfance étaient des musées, des bibliothèques ou des instituts scientifiques; un type
timide dégageant une immédiate sympathie, d'une humilité non feinte, et que l’on aurait presque envie d’étreindre -un type à l’opposée stricte des modèles de réussite que glorifient de nos jours
les médias populaires-.
Alors, quand la fin des années quatre-vingt-dix voit s’organiser une tournée de
Rodriguez en Afrique du Sud et que vient l’instant de sa rencontre avec le public sud africain, à l’apparition sur scène, devant cinq mille personnes braillant de bonheur, de cet
homme
vieillissant, devant son attitude de reconnaissance humble envers ce public comme envers les musiciens sud africains qui l’accompagnent, une espèce de sanglot remonte le
long de l’œsophage du spectateur et une belle émotion l’étreint, comme une impression de partager cet instant heureux qu'est de voir cet homme enfin là où est sa place. Parce que, bon sang!, IL
LE MÉRITE!
Alors oui, le film achevé, l’émotion passée, vient le temps de la réflexion et, après
quelques recherches, on se dit que le réalisateur a peut-être pris quelques libertés avec la réalité, ou du moins commis quelques omissions. Oui, certaines images du film sont too much
(Rodriguez marchant seul courbé dans la neige, ...). Oui, le portrait qui en est brossé est évidemment subjectif et lacunaire (quid de la ou les mère(s) de ses
filles ?). Oui, la construction de ce film est manipulatrice (mais le cinéma, même documentaire, par essence, EST manipulation).
Oui, finalement, cette incroyable histoire peut paraître trop belle mais... who cares?! Il est de belles histoires auxquelles on veut se laisser aller à croire, et celle de
Rodriguez en est une. Elle nous donne à rêver que, de temps en temps, une forme de justice est possible, et à croire en l’existence d’un genre d’homme assez rare: un seigneur. Et
puis sa musique est plutôt bonne.
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
New-York,
la nuit, après un gigantesque orage, une femme rentre chez elle en taxi. Sortant du véhicule devant l’immeuble cossu où elle réside et qui fait face à Central Park, elle aperçoit dans le parc la
silhouette pâle d’un enfant d’une dizaine d’années, nu et détrempé, qui la regarde. Intriguée, elle franchit les grilles et s’approche doucement du gamin qui recule d’autant, puis s’enfuit. La
femme se lance à sa suite et se retrouve bientôt perdue au milieu des bois. Elle poursuit néanmoins sa recherche et finit par rejoindre l’enfant, qui, tapi dans un taillis, la fixe en silence.
Brusquement, un deuxième gamin, nu lui aussi, apparaît, puis un troisième et ce sont finalement cinq préadolescents garçons et filles qui encerclent la femme; avant de se ruer sur
elle.
Estelle est une quarantenaire qui
(sur)vivait dans une bicoque au bord de la N7, entre Seine & Marne et Loiret. Ses deux enfants jumeaux sont morts quelques années auparavant, écrasés par un poids lourd. Son mec s’est tiré un
peu plus tard. Elle vient d’enterrer son dernier fils qui, voulant jouer les équilibristes sur un rail de sécurité, a lui aussi été emporté par le flot continu des véhicules. Alors Estelle
emballe quelques affaires dans un grand sac et remonte cette route assassine en direction de Paris et de son passé; une route qu’elle va à son tour ensanglanter.
Le vieux Neil Young se
met au clavier pour laisser s’y déverser un flot de souvenirs et y livrer quelques projets.
De nos jours, dans une Suède alternative, les robots -les hubots- sont partout,
machines humanoïdes configurées pour se substituer aux humains à des fonctions de manutentionnaire, postier, ouvrier de chantier, baby sitter, auxiliaire de vie, etc. ; ou objet sexuel. Un
groupe d’une demi-douzaine d’entre eux à la programmation illégalement upgradée, mené par Léo, un humain, cherchant à acquérir leur autonomie, fuit à travers la forêt. Contraints de se recharger,
ils assaillent la maison isolée d’un vieux couple qui se défend par les armes. Au cours de l’assaut, Mimi, un hubot féminin très liée à Léo, est touchée. Surgit une camionnette d’où sortent deux
hommes qui embarquent rapidement Mimi sans que Léo n’y puisse rien faire. Ce sont deux programmeurs clandestins qui s’emparent d’hubots pour les réinitialiser et les revendre ensuite au marché
noir au patron de l’Hubot Market. C’est dans ce magasin que quelques jours plus tard Hans Engman se rend avec son beau-père veuf Lennart pour acheter à ce dernier un nouvel hubot gériatrique, le
précédent, Odi, devenu au fil du temps pour le vieil homme un véritable compagnon de vie auquel il s’est extrêmement attaché, présentant des signes de dysfonctionnement. Devant le prix élevé,
Hans renâcle, mais le vendeur, dans un geste commercial, lui offre en bonus un second hubot. Hans se laisse convaincre et, de retour chez lui, déballe leur premier hubot devant sa famille: il
s’agit de Mimi, qui a été reprogrammée pour s’occuper de taches ménagères et qu’il rebaptise Anita. Roger, leur voisin, est contremaître dans un entrepôt où il est l’un des seuls humains. Il
supporte de plus en plus mal la fréquentation journalière d’androïdes, et moins encore chez lui, où sa femme, Therese, passe plus son temps avec Rick, son hubot, qu’avec lui. Roger se sent
inutile et un soir de colère, il s’en prend violemment à Rick et, dans sa rage, frappe même Therese. Le lendemain, rentrant de son travail, il découvre que Therese l’a quitté. Roger colle alors
sur sa porte d’entrée l’autocollant de ceux qui luttent contre l’omniprésence des hubots dans la société:
problématiques engendrées par cette situation inédite: juridiques concernant les droits des hubots,
jusque dans les foyers de ces machines trop humanisées, du rejet complet à l’affection amoureuse. Et une même diversité des conduites se retrouve côté hubots, selon le degré de sophistication de
leur programmation. Ainsi, loin d’opposer deux camps,
est
de faire percevoir "entre les images", sans toutefois être ouvertement critique, une
de
froide et sévère Madame Doubfire-; Roger et le mouvement
les acteurs-hubots
sont crédibles (rapidement, on ne guette plus le petit truc qui trahirait le comédien derrière le hubot), parvenant à être intrigants, et, s’agissant des rôles humains, tous sont réalistement
incarnés et on apprécie d’y voir des physiques ordinaires (loin des fliquettes/bimbo ou des baroudeurs brushingués qu’on croisent ailleurs...).
George Stoud est éditeur en chef de Crimeways, l’un des nombreux magazines appartenant
au magnat de la presse Earl Janoth qui dirige son empire du haut d’un building réglé par une énorme horloge. George Stoud et ses collaborateurs ont mis au point une méthode -le système de
l’indice hors sujet- qui leur permet de débusquer avant la police des suspects en cavale et d’en faire des unes à succès. Ainsi, George reçoit un appel d’un correspondant lui apprenant qu’il a
retrouvé la trace d’un fuyard, Fleming. Janoth, satisfait par la perspective de voir les ventes grimper avec cette affaire, intime à George de la suivre personnellement. Mais celui-ci est bien
décidé à partir enfin en vacances avec femme et enfant. Face à son refus, Janoth menace de le virer. George s’entête et, oubliant les siens qui l’attendent à la gare, s’offre une nuit de beuverie
en compagnie de Pauline York, la maîtresse de Janoth. Au matin, celle-ci l’enjoint de quitter son appartement avant le retour de Janoth. Ce dernier, sortant de l’ascenseur, aperçoit une
silhouette s’enfuyant par l’escalier, sans toutefois reconnaître George. Une dispute s’ensuit entre Janoth et Pauline et, dans un geste de colère, celui-là tue celle-ci avec un cadran solaire
massif qu’elle et George avaient ramené d’un bar durant leur nuit d’alcoolisation. Janoth se réfugie ensuite chez Hagen, son bras droit, lui avouant son crime. Hagen se rend chez Pauline pour
nettoyer les traces du passage de Janoth et remarque, inscrit sous le socle du cadran solaire/arme du crime, le nom du bar d’où il provient. Janoth et lui élaborent alors un plan pour faire
accuser l’inconnu qu’il a vu sortir de chez Pauline. Mais il faut le trouver avant que le meurtre ne soit découvert par la police. Ils téléphonent à George, qui entre-temps a rejoint sa famille
dans un chalet de villégiature, et cherchent à le convaincre de revenir se lancer sur la piste d’un soi-disant important escroc en fuite, lui révélant les premiers indices dont ils disposent:
l’homme aurait été vu en compagnie d’une blonde dans un bar -bar qui est celui où George et la blonde Pauline ont passé une partie de la nuit- et lui révèlent son nom -nom que George sait être le
pseudonyme utilisé par un acteur de ses amis rencontré dans ce même bar-. Troublé par ces éléments, George accepte de mener la chasse. De retour à son poste, il comprend vite que l’homme qu’il
doit rechercher, c’est lui-même.
et les rencontres farfelues qu’il y feront. Mais pour
autant, le film ne se laisse aller pleinement au genre: ainsi, tout dans cette partie du film pourrait faire de George Stoud un personnage à la Cary Grant, mais Ray
Milland interprète ce rôle avec une certaine réserve, se gardant de forcer son jeu qui en aurait fait un vrai personnage de comédie. Et de fait, la situation vaudevillesque n’est pas
poussée plus avant et tout rentre dans l’ordre lorsque George rejoint sa femme, se justifiant auprès d’elle avec une certaine lâche hypocrisie qu’il accompagne cette fois-ci de quelques vraies
mimiques -relativement- sobres et brèves de comédie (mais quasi adressées directement au spectateur) ayant pour but de "faire passer la pilule" auprès dudit spectateur et donc de sa femme (car le
fait est que, même si rien n’est suggéré et encore moins explicitement montré, il n’en demeure pas moins que celui-ci s’est réveillé au matin –même si c’est sur le canapé- dans l’appartement de
Pauline).
pour l’amateur du genre qui, seul à posséder tous les tenants du drame, peut donc
-avec la perversité d’un amateur du genre- se réjouir de l’inextricable situation de George. Vers le noir, mais non pas dans le noir, car malgré sa belle mécanique, cette seconde partie du film
perd vite l’aura tragique des grands films noirs: en effet, les éléments commençant de se dénouer, on ne craint rapidement plus pour George, convaincu que l’issue en sera heureuse pour lui et
simplement intéressé alors par la façon dont le film parviendra à cette fin certaine. De plus, comme un écho de la partie précédente, viennent s’y glisser des interventions comiques (à travers de
véritables personnages de comédie tel celui tenue par Elsa Lanchester ou ceux des barmen) qui éclaircissent, voire pervertissent (parfois un peu étrangement –cf. la scène de
l’antiquaire avec la caravane-) la noirceur attendue/espérée.
séquence dans l’ascenseur)-, avec des protagonistes souvent en mouvement, une caméra fréquemment mobile qui les suit dans leurs déplacements ou, dans des plans multipliant
acteurs et figurants situés à divers degrés du champ, s’en approche souplement pour les isoler et les saisir en action, tout cela donne à l’ensemble dynamisme et fluidité, et suscite un véritable
sentiment de vie y compris hors cadre. (A noter même, dans certains plans, de rapides attitudes ou brefs regards desdits figurants leur conférant instantanément une existence propre qui vient
renforcer encore l’impression de vitalité). Et l’on mettra en avant la séquence finale de chasse à l’homme dans l’immeuble de Janoth où Farrow parvient à provoquer une assez
désorientante sensation labyrinthique.
George Macready est un Hagen de peu de relief, à l’inverse, Elsa
Lanchester, en peintre un peu fofolle (et total personnage de comédie), est plus qu’à la limite du cabotinage -personnellement, à elle, je lui pardonne tout-. Mais l’un des bonheurs de
ce film est de se délecter du jeu de l’immense Charles Laughton dans une de ses compositions d’infâme salaud dont il était coutumier. Il campe ici tout en distinction méprisante
un insensible glaçant patron-monarque, un vrai régal d’amoral despote capitaliste, un tyran toujours tiré à quatre épingles craint de ses employés sans jamais hausser le ton tout en prenant soin
de paraître -hypocritement- s’intéresser à eux, capable de virer quiconque sur l’instant pour un motif futile (proche en cela d’avoir sur eux une forme de droit de vie et de mort), contrôlant
tout son empire (notamment par un système d’écoute des bureaux de ses employés) et obsédé par le temps (qui est de l’argent).
le profit est l’exclusive -et partagée par tous- vocation (nul -y compris George lui-même- ne remet en cause la moralité de sa méthode pour trouver les criminels avant la police afin
de les interviewer tant elle permet un accroissement des ventes) et s’étant arrogé les fonctions régaliennes de police (la police "traditionnelle" est de fait totalement absente du film, son rôle
étant assurée par des gardes privés sous la férule de Janoth qui se voient accorder par exemple le pouvoir de contrôler les identités de toute une foule de visiteurs avant de les autoriser à
sortir du bâtiment, ou celui de traquer un homme) et de justice (les mêmes gardes sont sommés par Janoth d’abattre à vue ledit homme). Et l’on pourrait voir dans cette fameuse grande horloge
trônant dans le hall de l’immeuble et le contrôlant[2] le symbole de la déshumanisation, de la mécanisation de cet homme/machine, de cet individu/système qu’est Janoth, emprisonné dans
le chronométrage permanent de chaque instant de sa vie; et que George, l’homme à la libre relation au temps (il voyage dans le temps: en introduisant le flash back du film, il passe
d’une certaine façon du présent au passé; ou laisse le temps filer, lorsqu’il rate son rendez-vous à la gare avec sa femme), une fois libéré de l’emprise de son emploi, "dérègle" par deux fois:
d’abord quand Janoth tue Pauline dans un geste de rage avec le cadran solaire -objet d’un autre temps- ramené par George; puis lors de l’interruption un instant par George du fonctionnement de la
grande horloge qui, entraînant l’arrêt de toutes les pendules de l’immeuble, déchaîne la furie de Janoth contre un simple réveil. Deux moments où Janoth, perdant tout contrôle, est submergé par
une humaine colère et qui entraîneront le détraquage de l’ensemble de la machinerie Janoth.
Turner a été flic; puis taulard; puis
thérapeute; puis... puis, fatigué du monde et surtout de lui-même, il s’est retiré s’installer pas très loin d’où il a passé son enfance, dans une baraque près d’un lac, aux alentours d’une
petite bourgade du Tennessee où il ne se passe habituellement pas grand chose; et où tout se sait très vite. Un jour, le shérif local débarque chez lui pour faire connaissance, mais d’abord et
avant tout pour faire appel à ses services: dans un lotissement inoccupé de la ville, un vagabond a été trouvé mort, attaché par des câbles à une espèce de treille, un pieu en pleine poitrine, et
à ses côtés une sacoche contenant des lettres interceptées qui étaient destinées au maire. Dépassé par ce meurtre, le shérif embauche Turner comme consultant. Turner va se laisser aller à
enquêter.
Jeff Sutton est chauffeur de taxi à Dallas, Texas. Un soir, vers la fin de son service, il prend en charge une femme à
l’aéroport et la conduit dans la riche banlieue où elle réside. Une fois arrivés, elle lui demande de l’attendre le temps d’aller chercher chez elle de quoi régler la course. Jeff en profite pour
la prier de pouvoir utiliser sa salle de bains. Patientant ensuite pendant que la femme est au téléphone, il furète un peu dans la maison par curiosité. Puis, sur le chemin du retour au dépôt,
Jeff ramène gracieusement chez elles deux jeunes étudiantes en état d’ébriété tellement avancé que l’une d’elle vomit sur son siège arrière. Au dépôt, il nettoie consciencieusement son taxi avant
de rentrer chez lui. Le lendemain matin, deux inspecteurs se présentent à son domicile et, sans lui fournir aucune explication, l’embarquent brutalement pour l’interroger au poste de police. Là,
au bout d’un certain temps d’interrogatoire mené sans ménagement, Jeff finit par comprendre qu’il est soupçonné d’avoir enlevé la fillette de douze ans de la femme qu’il avait chargée la veille
au soir. Et comme indices à son encontre, ses empreintes laissées dans la maison et le fait qu’il ait nettoyé son taxi -bien sûr pour faire disparaître les traces laissées par l’enfant-. Inculpé,
Jeff est incarcéré en attendant son procès.
1947. Berlin en
ruines est toujours occupée par les alliés qui ont divisé la ville en quatre secteurs. Bernie Gunther, revenu de la guerre après avoir combattu sur le front de l’Est et été prisonnier dans un
camp russe, y vivote grâce à sa femme Kirsten, serveuse dans un bar réservé aux soldats américains, et a repris son activité de détective privé. Après avoir rapidement réglé une affaire qui
l’a conduit à l’Est de l’Allemagne et l’a contraint à tuer un soldat de l’Armée Rouge, il est contacté par le colonel Poroshin, des services secrets soviétiques. Celui-ci lui apprend qu’Emil
Becker, un ancien collègue supérieur direct de Bernie à la Kriminalpolizei puis officier SS pendant la guerre, qui se livre aujourd’hui à de la contrebande, a été arrêté à Vienne et inculpé pour
le meurtre d’un officier américain. Le colonel Poroshin se prétend persuadé qu’Emil Becker, à qui il dit devoir la vie, n’est pas l’assassin et propose à Bernie 5000 dollars pour qu’il mène sa
propre enquête sur ce crime. Bernie, accablé depuis qu’il a découvert que sa femme obtenait de quoi ravitailler son foyer en offrant plus que ses talents de serveuse aux soldats américains, finit
par accepter la proposition de Poroshin et part pour Vienne.
quelques sarcastiques "viennoiseries" de la part de Bernie. Et au
final, si Un requiem allemand a conservé dans sa forme le charme de cette écriture hardboiled imagée qui prête à sourire ("Il avait un tel accent bavarois
que ses paroles semblaient surmontées d’un faux-col de mousse.") et qui redonne assez vite à Bernie ses traits archétypaux de privé tombeur de femmes et aux coups de poings faciles, et si
Philip Kerr a parfaitement su y restituer l’ambiance désolée et les conditions de vie pitoyables d’un pays dévasté par la guerre, cette enquête/immersion dans l’environnement
trouble, fallacieux et amoral des services secrets n’a toutefois pas cette tension, ce sentiment de constant danger qui flottait à la lecture des deux précédents volumes.
Derniers Commentaires